COVID-19

Le sexe, le genre et la COVID-19 : orienter les politiques et rendre la science accessible

Dre Julia Smith

La maladie n’affecte pas tout le monde de la même façon. En règle générale, lorsqu’il est question des facteurs de risque, la majorité des gens pensent surtout à l’âge et au statut socioéconomique. Ces deux importants facteurs jouent assurément un grand rôle en santé, mais l’incidence du sexe (attributs biologiques) et de l’identité de genre (normes et attentes socioculturelles) doit également être prise en compte.

Tout comme l’âge et le statut socioéconomique, le sexe et le genre peuvent jouer un rôle dans le risque individuel de contracter certaines maladies et peuvent avoir une incidence sur les répercussions des politiques et des mesures de santé publique sur une personne. Des publications ont d’ailleurs fait état de ce phénomène lors de précédentes crises sanitaires partout dans le monde. En effet, elles ont montré que les éclosions de maladies et les réactions publiques ou politiques qui en découlent peuvent avoir des conséquences indésirables sur ce plan (p. ex. accroissement des inégalités entre les genres ou stigmatisation de la recherche de soins).

La grande question en ce moment n’est donc pas de savoir si la pandémie de COVID-19 affecte différemment les hommes, les femmes, les garçons, les filles et les personnes de diverses identités de genre, mais bien quelles sont ces différences et leur importance.

« Nous savons, de manière générale, que la pandémie de COVID-19 affecte différents genres de différentes façons », précise la Dre Julia Smith, associée de recherche à la Faculté des sciences de la santé de l’Université Simon-Fraser. Par exemple, des données empiriques semblent indiquer que les femmes seraient touchées de façon disproportionnée par différentes circonstances liées à la pandémie, par exemple les soins aux enfants qui restent à la maison, les pressions sur le secteur des soins de santé (puisqu’environ 70 % des travailleurs de la santé dans le monde sont des femmes) et la hausse des taux de violence interpersonnelle ou conjugale avec les mesures de confinement.

À ce jour, il existe toutefois peu de données étayant ces hypothèses, ce qui rend la création de programmes et de politiques visant à contrer les inégalités de genre particulièrement difficile.

« La majorité des études sur le genre et les épidémies ont été réalisées a posteriori », explique la Dre Smith, rappelant que les épidémies prenaient fin avant que les chercheurs en évaluent les répercussions en fonction du genre. « Mais les décideurs ont besoin d’information en temps opportun pour répondre de façon appropriée et immédiate à la pandémie de COVID-19. »

En collaborant avec la Dre Kelley Lee, professeure à l’Université Simon-Fraser, la Dre Smith espère générer une part de ces données essentielles grâce à un nouveau projet de recherche. L’équipe réalise des études de cas au Canada, au Royaume-Uni, en Chine et à Hong Kong afin de déterminer en quoi l’expérience de la pandémie de COVID-19 et des politiques associées (p. ex. en matière de distanciation physique) varie selon genre. Utilisant une analyse comparative fondée sur le sexe et le genre (ACSG), l’équipe explorera les retombées des différentes interventions dans ces pays. Pour ce faire, elle s’adressera à des personnes susceptibles de ressentir les effets de la pandémie variant selon le genre (p. ex. travailleurs de la santé, fournisseurs de soins), réalisera des entrevues auprès de responsables des politiques et utilisera des analyses basées sur les médias sociaux et les bavardoirs. Équipée de l’outil d’analyse du genre de l’Organisation mondiale de la santé (en anglais seulement) [ PDF (342 Ko) - lien externe ], l’équipe analysera également différentes politiques liées à la COVID-19 dans le monde. Cette analyse servira à cerner les lacunes (p. ex. cas où les différences de genre ne sont pas adéquatement prises en compte alors qu’elles auraient pu ou dû l’être) afin de proposer des mesures adaptées pour les combler.

La collecte de toute cette information est une tâche colossale en soi, mais les Dres Smith et Lee cherchent également à faciliter la tâche à ceux qui souhaitent y accéder rapidement sans tracas. C’est pourquoi l’équipe de la Dre Smith met au point un outil, soit la matrice sur le genre et la COVID-19 ou « COVID-19 Gender Matrix » (en anglais seulement). L’idée est de donner un aperçu des effets genrés de la COVID-19 sur, entre autres, la santé, la société, l’économie et la sécurité d’une façon simple et complète en présentant les données de l’ACSG de chacune des études de cas réalisées par l’équipe. Accompagnée d’une trousse de ressources complémentaire facilitant l’intégration de l’information par les non-initiés, la matrice sera d’une valeur inestimable pour les responsables des politiques chargés d’élaborer des plans d’intervention d’urgence dans le cadre de la pandémie.

« Non seulement la prise de décisions qui tiennent compte des répercussions sociales durant une crise sanitaire aide-t-elle à promouvoir l’équité et l’autonomisation, mais ce devrait être la norme en santé publique », assure la Dre Smith. Elle note d’ailleurs que ces facteurs influent sur la santé et la sécurité de l’ensemble de la population canadienne. « Nous devons veiller à ce que notre réponse à une crise de santé publique n’ait pas d’effets indus sur les personnes déjà victimes des inégalités. »

Les résultats de l’étude contribueront à la réponse nationale et internationale à la pandémie de COVID-19. Mais le travail pourrait aussi orienter les interventions lors de futures crises sanitaires en améliorant les connaissances sur les effets de la propagation de la maladie sur les personnes et les communautés, y compris les effets des politiques déployées pour tenter d’y mettre un frein.

« Nous avons une grande expertise ici, au Canada, et une responsabilité envers la communauté mondiale du domaine de la santé », ajoute la Dre Smith, qui est heureuse de constater l’intérêt croissant que portent les responsables des politiques aux répercussions des pandémies liées au genre ainsi que leur soif de connaissances fondées sur les meilleures données disponibles pour orienter leur travail. « Cette information est particulièrement recherchée aujourd’hui – surtout au Canada, mais aussi à l’étranger –, ce qui est très encourageant. »

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