Bilan des consultations sur la viabilité à long terme du Programme de subventions Projet
Message du vice-président du Portefeuille des programmes de recherche
5 août 2026
Bonjour,
Depuis le début de l'année, les IRSC consultent le milieu de la recherche en santé sur les pressions touchant le Programme de subventions Projet et les façons d'en préserver la vigueur, l'équité et la viabilité. À ce jour, nous avons reçu des commentaires de plus de 2 000 personnes dans le cadre de séances de type « Demandez-moi n'importe quoi », de visites d'universités, de rencontres avec les présidents et agents scientifiques des comités d'évaluation par les pairs du programme, de discussions avec les organes consultatifs et de gouvernance des IRSC et de lettres envoyées directement aux IRSC.
L'objectif de cette consultation n'était pas de prendre ou d'annoncer des décisions, mais plutôt d'assurer une compréhension commune des pressions qui se font sentir et d'entendre l'avis des candidats, des évaluateurs et des établissements sur les interventions possibles et leurs répercussions.
Le point de départ est clair : le Programme de subventions Projet est la pierre angulaire du système de recherche en santé du Canada et le plus grand programme de financement ouvert des IRSC. Pourtant, aujourd'hui, il est mis à rude épreuve. Le nombre de propositions reçues et les budgets demandés ont considérablement augmenté, alors que le nombre de subventions que les IRSC sont en mesure de financer est demeuré statique. En d'autres mots, le numérateur est resté le même (on peut financer 850 subventions par année), mais le dénominateur a énormément augmenté ces cinq dernières années (de plus de 50 %).
Résultat : il faut consacrer plus de temps à préparer, à administrer et à évaluer des demandes qui sont de moins en moins susceptibles d'être financées. C'est-à-dire qu'un nombre croissant d'excellents projets scientifiques sont laissés sans financement, et la pression s'intensifie non seulement sur les candidats à mesure que le taux de réussite diminue, mais aussi sur les évaluateurs, les établissements et le personnel des IRSC qui voient le nombre de demandes continuer de grimper d'une année à l'autre.
Thèmes dominants
1. La trajectoire actuelle est insoutenable. Les participants ont décrit un contexte caractérisé par un volume de demandes élevé, de faibles chances de réussite, une présentation des mêmes projets à répétition, une lassitude des évaluateurs et de la frustration par rapport au système tel qu'il est actuellement conçu. Le problème ne réside pas dans un manque de bonnes idées ou de chercheurs compétents; il tient plutôt au fait que la demande a dépassé la capacité du système.
Les participants ont également souligné que les changements apportés aux processus ne suffisent pas à combler le déficit de financement et exhortent les IRSC à continuer de faire valoir l'importance de la recherche dictée par la curiosité tout en gérant de manière responsable les ressources actuelles.
2. L'évaluation par les pairs est essentielle, mais la confiance à l'égard du processus s'est érodée. Les participants ont affirmé que l'évaluation par les pairs constitue l'un des principaux atouts du Programme de subventions Projet et qu'il faut la préserver. Ils ont toutefois fait part de leurs préoccupations concernant le manque d'expertise des évaluateurs, la continuité, la cohérence des cotes attribuées, l'harmonisation entre les comités, la responsabilisation des évaluateurs et les cas de commentaires de mauvaise qualité de la part de ces derniers. Parmi les suggestions formulées figuraient une amélioration du jumelage et de la formation des évaluateurs, un renforcement des rôles de président et d'agent scientifique, des commentaires plus pratiques, une utilisation plus complète de l'échelle de cotation, des activités ponctuelles en personne et la réciprocité de la part de ceux qui bénéficient de l'évaluation par les pairs.
3. On constate un intérêt pour la réduction du volume de demandes, mais cela suscite de vives inquiétudes quant à la manière d'y parvenir de façon équitable. Les participants ont abordé la limitation du nombre de demandes pouvant être présentées, les restrictions ou les suspensions concernant la présentation de demandes à nouveau, les lettres d'intention ou d'autres processus de triage, la réduction de la longueur des demandes, les mécanismes de rétroaction et de réponse, le financement transitoire, les durées de subvention plus longues, les budgets modulaires ainsi que les modèles offrant une plus grande stabilité aux équipes ou aux programmes de recherche.
Bien que de nombreux participants se soient prononcés en faveur d'une réduction de l'engorgement, aucun consensus ne s'est dégagé quant à l'approche à adopter. Les participants ont souligné que les restrictions peuvent être difficiles à mettre en œuvre, qu'elles risquent d'être contournées et qu'elles pourraient créer de nouveaux obstacles pour certains groupes ou certains domaines. Les chercheurs en début de carrière ont souvent été nommés comme un groupe susceptible d'être touché de manière disproportionnée par la limitation des demandes présentées à nouveau, l'accès retardé au financement ou les modèles accordant une importance excessive à l'expérience et aux réalisations.
4. La réduction à un seul concours par année est l'option la plus controversée. Certains participants ont relevé des avantages potentiels, notamment un cycle annuel prévisible, davantage de temps pour effectuer des révisions utiles, une plus grande continuité dans le groupe d'évaluateurs, une meilleure harmonisation entre les évaluateurs et la possibilité d'adopter un modèle itératif de rétroaction et de réponse.
Toutefois, l'appui pour cette option était limité. De nombreux participants craignaient qu'une date limite annuelle unique renforce la pression sur les candidats, aggrave les lacunes dans le financement, fasse perdre de la flexibilité, focalise et intensifie la charge de travail pour les chercheurs et les administrateurs de la recherche, et touche de manière disproportionnée les chercheurs en début de carrière et les petits laboratoires. D'autres se sont demandé si l'organisation d'un seul concours réduirait vraiment le nombre de demandes, dans la mesure où les candidats pourraient réagir en soumettant davantage de propositions d'un coup ou, possiblement, en les reportant à des concours ultérieurs.
5. L'intelligence artificielle contribue à accroître le volume de demandes. Les participants ont souligné que l'intelligence artificielle (IA) pourrait contribuer à l'augmentation du nombre de demandes et qu'elle influencera de plus en plus la manière dont les recherches sont menées. Cette hypothèse est étayée par un article récemment publié dans Nature (lire l'article; en anglais seulement ), qui s'appuie sur des données provenant entre autres des IRSC et montre que l'utilisation de l'IA agentique pour la préparation de demandes de subventions correspondait à une hausse significative du nombre de demandes soumises aux principaux organismes de financement fédéraux dans de nombreux pays. Certains ont vu là des possibilités d'utiliser l'IA pour faciliter les tâches administratives, le triage, le jumelage des évaluateurs, la création de gabarits, les contrôles de qualité ou l'analyse des tendances d'évaluation. D'autres ont exprimé des préoccupations concernant la confidentialité, les biais, la transparence, la responsabilisation et la perte du jugement humain. Le consensus qu'on a pu dégager sur ce point est le suivant : l'IA ne peut être ignorée et doit plutôt être testée avec soin, et les humains doivent conserver leur place dans tout cela, non pas simplement en marge, mais bien au cœur du processus.
6. Le milieu de la recherche veut des données détaillées, un cadre clair et une présentation neutre des options. Les participants ont demandé plus d'information sur les facteurs à l'origine de la hausse du nombre de demandes, sur la façon dont les volumes varient selon les comités, les thèmes, les disciplines et les stades de carrière, ainsi que sur l'incidence que pourraient avoir les mesures d'intervention sur le volume, le taux de réussite, la charge de travail des évaluateurs, l'équité et l'excellence. Ils ont également demandé de la transparence quant aux hypothèses de modélisation et une comparaison avec d'autres bailleurs de fonds.
La confiance dépendra de la manière dont le problème et les options seront présentés. Les participants ont demandé aux IRSC de bien distinguer les enjeux — volume de demandes, contraintes de financement, capacité des évaluateurs, qualité de l'évaluation par les pairs, rétroaction, calendrier et comportement des candidats — et de montrer en quoi chaque intervention potentielle permettrait de résoudre un problème précis. Ils ont également demandé que les options soient présentées de manière neutre, avec une description claire des avantages, des risques, des compromis et des difficultés liées à la mise en œuvre.
7. La façon de mettre en œuvre le changement aura autant d'importance que ce qui est modifié. Les participants ont exhorté les IRSC à procéder avec prudence, en toute transparence et par étapes. Les participants se sont montrés très favorables à la mise en place de projets pilotes, à une mise en œuvre progressive, au suivi des répercussions et à une correction de tir au besoin. On a également souligné que le fait d'apporter trop de changements importants à la fois pourrait entraîner de l'instabilité et compliquer l'évaluation des répercussions. Avant tout, les participants ont insisté sur le fait que les changements à venir doivent être élaborés conjointement avec la communauté scientifique et communiqués clairement.
Prochaines étapes
Les IRSC tiennent à remercier les participants pour leur franchise, leur expertise et leur esprit constructif au cours de ces discussions. Nous reconnaissons également que tout le monde n'a pas pu participer à cette consultation jusqu'à présent et que les participants ne constituent peut-être pas un échantillon représentatif de l'ensemble de la population canadienne prenant part à la recherche en santé. Les commentaires reçus confirment néanmoins qu'il n'existe pas de solution simple : chaque option comporte des compromis. Et il ne fait plus aucun doute que le statu quo n'est pas viable. Le milieu de la recherche souhaite que les IRSC s'attaquent à ce problème avec diligence, transparence et urgence.
À la lumière des échos reçus, les IRSC publieront plus tard cet été un exposé de position qui présentera les difficultés auxquelles fait face le Programme de subventions Projet, résumera les données probantes, et modélisera et décrira les options de changement envisagées. Cet exposé mettra en évidence les principaux risques et compromis, et servira de base à la prochaine étape de notre consultation. Les IRSC adopteront une démarche de consultation exhaustive qui comprendra différentes façons d'y participer (p. ex. visites d'établissements, séances de type « Demandez-moi n'importe quoi », sondage).
Les commentaires ainsi recueillis guideront toutes les décisions que nous prendrons. Les IRSC mettront également sur pied un comité consultatif externe international chargé d'orienter ces travaux; de plus amples détails concernant ce groupe seront communiqués plus tard cet été.
Notre objectif est de veiller à ce que le Programme de subventions Projet continue d'appuyer la grande diversité de projets de recherche libre hautement prometteurs qui nous sont soumis. Pour ce faire, il nous faut un système d'évaluation par les pairs équitable, rigoureux, fiable et viable qui valorise la recherche dictée par la curiosité, la créativité et les idées novatrices. Soyez assurés que nous respectons le temps, l'expertise et l'engagement du milieu de la recherche qui rend ce programme possible.
Meilleures salutations,
Adrian Mota
Vice-président, Portefeuille des programmes de recherche
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