« La science n’évolue pas sans les chercheurs »
Pourquoi les chercheurs participent-ils à l’évaluation par les pairs à titre bénévole?

Dre Maria Mathews

Chacune des décisions relatives au financement prises aux IRSC est motivée par un groupe de pairs évaluateurs composé de chercheurs qui consacrent bénévolement temps et expertise pour façonner l’avenir de la recherche en santé.

La Dre Maria Matthews, professeure au Département de médecine familiale à l’École de médecine et de dentisterie Schulich de l’Université Western, et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les soins de première ligne, est pair évaluatrice depuis 2003. Cette chercheuse affairée, qui est aussi mère d’un enfant ainsi que cuisinière et couturière passionnée, estime avoir participé à une soixantaine de comités des IRSC.

« L’évaluation par les pairs m’a permis de vraiment comprendre comment se fait la recherche et comment le financement s’obtient à l’échelle nationale, dit-elle. C’est là où j’ai pu le mieux me perfectionner professionnellement. J’ai appris aux côtés de sommités au pays à préparer des demandes de subvention. »  

La Dre Mathews indique que les avantages de l’évaluation par les pairs ne se limitent pas à l’apprentissage individuel. Elle retient un plus grand gain de son expérience : les capacités de recherche sont renforcées à l’échelle du système par la création d’occasions permettant aux chercheurs en début de carrière d’apprendre directement des évaluateurs d’expérience.

« Rassembler les chercheurs dans un comité d’évaluation par les pairs a une influence incroyablement profonde, dit-elle. C’est encore plus efficace que de participer à des conférences et des séminaires; c’est du perfectionnement professionnel sous forme d’espresso. »

Dre Michelle Leach

Pour sa part, la Dre Michelle Leach, qui a participé à de nombreuses évaluations par les pairs l’année dernière, croit que l’essence du processus d’évaluation des demandes de subvention est de bâtir une communauté en dehors du laboratoire. En tant que directrice scientifique de l’Unité de soutien de la SRAP du Yukon, elle défend la recherche en santé axée sur le patient afin de relever les défis propres à son territoire. « Pour moi, le but de l’évaluation par les pairs n’est pas seulement d’évaluer la recherche, c’est aussi de mobiliser le milieu afin d’apprendre à faire les choses différemment, de comprendre de nouveaux points de vue, d’accroître mes connaissances et de tisser des liens avec les gens du milieu. Ces échanges de connaissances, ajoute-t-elle, contribuent à bâtir un avenir meilleur pour les générations futures. »

La Dre Heather Foulds croit, quant à elle, qu’au-delà de promouvoir la création de liens entre les chercheurs du milieu, l’évaluation par les pairs renforce le processus de recherche en soi. Professeure agrégée à la Faculté de kinésiologie de l’Université de la Saskatchewan et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé des peuples autochtones grâce à l’activité physique, la Dre Foulds participe activement aux comités d’évaluation par les pairs des IRSC depuis 2017. « Une bonne évaluation par les pairs soulève une nouvelle réflexion et de nouveaux points de vue, dit-elle. Dans le milieu de la recherche autochtone, l’évaluation permet de réfléchir à l’éthique, aux politiques, aux lignes directrices et aux responsabilités des communautés. »

Dre Heather Foulds

Ces chercheuses rappellent l’importance de l’évaluation par les pairs pour garder la confiance du public en la recherche, surtout maintenant que la mésinformation circule rapidement sur Internet.

« La plupart des gens croient à un processus d’investigation rigoureux, dit la Dre Mathews, mais on constate que de plus en plus de personnes n’ont plus confiance en la science et suivent les conseils qui circulent sur TikTok plutôt que ceux d’experts. L’évaluation par les pairs garantit qu’une recherche est rigoureuse, reproductible et conforme à des normes élevées. Il est maintenant plus important que jamais de prouver que ce processus et ce paradigme méritent d’être protégés. »

Le Dr Louis Bherer, neuropsychologue, chercheur et professeur au Département de médecine de l’Université de Montréal, participe à l’évaluation par les pairs depuis 2007. Il partage le sentiment évoqué plus tôt : « Je participe à l’évaluation par les pairs parce que je crois sincèrement qu’il s’agit du fondement de la science et de l’avancement des connaissances; la solution pour préserver le contrôle de la qualité et la confiance à l’égard de la science. »

Dr Louis Bherer

Ces témoignages soulignent que l’évaluation par les pairs se veut non seulement un exercice théorique, mais aussi la base d’une recherche fiable, de qualité et en laquelle le public a confiance.

Les Drs Bherer, Foulds, Leach et Mathews ont ensemble consacré bénévolement des milliers d’heures à lire des demandes de financement, à écouter des présentations, à analyser des données probantes et à délibérer avec leurs pairs évaluateurs afin de guider les décisions relatives au financement. Ils le font pour leur perfectionnement professionnel, mais aussi pour redonner au système de recherche qui les a soutenus dans leur carrière et ainsi assurer le maintien de l’équité et des normes élevées. Autre raison tout aussi importante, ils le font pour renforcer la recherche en santé à l’aide de données probantes rigoureuses, cette recherche même qui, en fin de compte, guide et améliore les soins de santé. Sans leur participation, le système qui garantit la qualité, la fiabilité et les retombées de la recherche en santé serait compromis. Comme la Dre Mathews nous le rappelle : « la science n’évolue pas sans les chercheurs ».

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