L'ISPP des IRSC annonce les lauréats des Prix du pionnier

Les Prix du pionnier de l'Institut de la santé publique et des populations (ISPP) des IRSC soutiennent des chercheurs en début, en milieu et en fin de carrière qui continuent de contribuer de façon exceptionnelle à la promotion de la santé publique et des populations au Canada et ailleurs dans le monde, par l'entremise de politiques de santé et d'interventions fondées sur des données probantes.

L'ISPP des IRSC est fier de présenter les lauréats de 2020 :

Le Prix du pionnier de 2020 de l'ISPP des IRSC servent à souligner la contribution de chercheurs en début, en milieu et en fin de carrière au domaine de la santé publique et des populations. Non seulement les personnes lauréates ont apporté une contribution en recherche en santé publique, mais elles ont également enrichi le domaine par leur leadership, leur mentorat et leur sens de l'innovation.

Nous remettons ces prix depuis maintenant cinq ans, mais il s'agit de la première fois, où notre distingué comité d'évaluation par les pairs a sélectionné uniquement des lauréates. Le travail de ces trois femmes exceptionnelles démontre bien l'ampleur de ce qu'il est possible d'accomplir dans le domaine de la santé publique et des populations. J'aimerais féliciter Elaine Hyshka, Meghan Winters et Cecilia Benoit pour leur excellent travail.

Marisa Creatore, Directrice scientifique adjointe, ISPP

Chercheuse chevronnée : Cecilia Benoit

Cecilia Benoit est chercheuse à l'Institut canadien de recherche en toxicomanie et professeure émérite de sociologie à l'Université de Victoria en Colombie-Britannique. D'origines micmaques et françaises, elle a contribué à faire connaître le savoir autochtone des sages-femmes et des accoucheuses des collectivités précoloniales et a travaillé sans relâche à changer les pratiques médicales afin que les sages-femmes puissent exercer légalement et voir leurs services remboursés par les fonds publics.

Mme Benoit s'est également intéressée aux inégalités sociales auxquelles font face les femmes autochtones qui cherchent un lieu de guérison en milieu urbain, les jeunes de la rue proches de l'âge adulte, les femmes enceintes aux prises avec la pauvreté, la consommation de substances ou d'autres problèmes ainsi que les personnes qui offrent des services sexuels. Elle travaille en étroite collaboration avec des fournisseurs de service de première ligne et d'autres intervenants pour mettre en place des programmes innovateurs qui visent à promouvoir la santé, la dignité et les droits des personnes qui sont traitées injustement.

Transcription

Bonjour, je m'appelle Cecilia Benoit et je travaille à l'Université de Victoria. Je suis chercheuse à l'Institut canadien de recherche en toxicomanie. L'Université se trouve sur des terres autochtones; je suis donc une allochtone installée depuis 40 ans à Victoria. Je viens de Terre-Neuve et j'ai des origines micmaques, françaises et anglaises. Toute ma vie, j'ai tenté d'adopter une vision sociologique de la marginalisation, et je me suis surtout penchée sur les moyens d'améliorer la santé et l'accès aux soins pour la population canadienne. Je vous remercie de cet honneur; si je réfléchis aux raisons qui ont motivé ma nomination, je pense qu'elles résident en partie dans la recherche à laquelle j'ai pu participer dans les quarante dernières années.

J'ai commencé ma carrière en tentant de comprendre pourquoi le travail des sages-femmes n'était pas reconnu au Canada alors qu'il l'était dans d'autres pays, comme l'a montré une recherche que j'avais menée en Suède. J'ai travaillé à démystifier cette profession, et j'ai étudié les sages-femmes et les futures mères qui faisaient appel à elles dans le but de faire changer les politiques. Ces démarches ont été fructueuses! Aujourd'hui, le travail des sages-femmes est reconnu presque partout au pays. Elles ont accès à une formation reconnue, et leurs services sont rémunérés par les fonds publics. C'est un magnifique accomplissement!

J'ai contribué à d'autres recherches, financées par les IRSC ou d'autres organismes, qui visaient à comprendre la situation des femmes autochtones en milieu urbain, notamment dans le Downtown Eastside de Vancouver. J'ai aussi travaillé auprès de jeunes de la rue pour les aider à raconter leur histoire d'exclusion sociale et de marginalisation et leurs tentatives pour se donner des services qui leur convenaient davantage. À d'autres moments, j'ai travaillé avec des femmes enceintes aux prises avec la consommation de substances ou d'autres difficultés, et j'ai réfléchi à la création de centres de santé communautaires complets qui pourraient leur offrir de meilleurs soins.

Mes travaux les plus récents portent sur les personnes qui vendent des services sexuels, qui font face au plus haut degré de marginalisation dans la société canadienne. Les IRSC ont financé de nombreux projets lors desquels mon équipe et moi avons tenté de comprendre le parcours de ces personnes et les défis auxquels elles sont confrontées. Nous nous sommes attaqués particulièrement aux politiques et pratiques du Code criminel qui limitent leurs choix de vie. En faisant témoigner ces personnes et les organismes qui les représentent, nous tentons d'imaginer des politiques plus inclusives qui amélioreront leur vie et celle de leurs enfants.

Voilà quelques-uns des projets sur la marginalisation et l'inclusion sociale auxquels j'ai eu la chance de collaborer. Ils visent tous à trouver des moyens d'améliorer la société canadienne; les défis de santé majeurs, comme la crise de la COVID-19, révèlent en effet l'ampleur avec laquelle nous avons échoué à offrir sans jugement des services continus et du financement aux populations marginalisées. Je continuerai donc de travailler avec ces groupes et j'espère que nous traverserons tous cette pandémie. Certains des changements que nous avons apportés peuvent être intégrés aux politiques publiques et à notre système de santé pour mieux inclure les personnes les plus marginalisées.

Encore une fois, merci!

Chercheuse en milieu de carrière : Meghan Winters

Meghan Winters est professeure agrégée à la Faculté des sciences de la santé de l'Université Simon-Fraser, chercheuse au Centre pour la santé de la hanche et la mobilité, chercheuse-boursière de la Fondation Michael-Smith pour la recherche en santé et fondatrice et directrice du laboratoire de recherche sur le transport actif, la santé et le milieu urbain à Vancouver en Colombie-Britannique.

Épidémiologiste, elle s'intéresse aux liens entre la santé, les transports et l'aménagement urbain. Elle organise régulièrement des activités de recherche et d'échange de connaissances en collaboration avec les collectivités locales et les autorités de la santé.

Transcription

D'abord, je veux vous remercier pour ce Prix du pionnier. C'est un grand honneur!

Il fut une époque où j'étais une grande cycliste : je roulais le long de routes très passantes. C'était la manière la plus rapide de me déplacer. Dix ans ont passé; je suis tombée enceinte, puis j'ai dû transporter mes enfants. J'ai alors découvert que c'était beaucoup plus difficile de se déplacer à vélo lorsque la sécurité est une priorité.

Mes travaux sur le transport actif ont réellement façonné les rues des villes au pays. J'ai contribué à la transition d'un aménagement urbain destiné aux cyclistes endurcis et téméraires à un aménagement permettant aux personnes de tous âges et de toutes capacités de se déplacer à vélo.

Je dirige maintenant le laboratoire de recherche sur le transport actif, la santé et le milieu urbain, qui compte une douzaine de stagiaires et d'employés. Nous nous intéressons aux effets du design urbain sur les interactions et les moyens de transport des gens.

Nous travaillons toujours sur le cyclisme, mais nous avons intégré des questions plus pressantes dans notre quête d'une ville saine, comme l'embourgeoisement, le logement et les liens sociaux, et les nouveautés en mobilité. Je m'intéresse particulièrement aux questions d'équité. Qu'est-ce qui rend un lieu public accueillant et inclusif? Souvent, lorsque je roule à vélo, des questions me viennent spontanément : qui occupe ces espaces? Qui n'y vient jamais? Qu'est-ce qui les empêche de venir?

Mes recherches sont pratiquement toujours à méthodes mixtes : je m'intéresse aux renseignements contextuels qui viennent compléter les tableaux, les cartes et les rapports de cotes. Mes stagiaires participent tous à ces travaux. J'ai eu la chance d'avoir d'excellents mentors, et je suis déterminée à former la prochaine génération de chercheurs de manière à ce qu'ils aient les compétences multidisciplinaires qu'il leur faut pour intervenir en santé des populations.

Que signifie le fait d'être une pionnière pour moi? Nos villes changent plus rapidement que nous n'aurions jamais pu l'imaginer. Je veux m'assurer que la santé et l'équité restent au cœur de ces conversations. Ça signifie donc de collaborer avec nos partenaires, d'écouter leurs questions et de faire entendre leur voix dans les discussions. Ça signifie aussi de veiller à ce que l'information pertinente soit transmise aux personnes qui modifient nos rues si rapidement. J'ai aussi l'ambition de ne jamais cesser d'apprendre.

Chercheuse en début de carrière : Elaine Hyshka

Elaine Hyshka est professeure adjointe à l'École de santé publique de l'Université de l'Alberta et directrice scientifique du programme de santé et de bien-être urbains à l'Hôpital Royal Alexandra.

Ses travaux de recherche visent à faire progresser une approche de santé publique sur la toxicomanie au Canada et sont menés en partenariat avec des fournisseurs de service de santé, des organismes de promotion de la santé publique et des partenaires publics à l'échelle locale, provinciale et nationale.

Transcription

Bonjour, je m'appelle Elaine Hyshka et je suis professeure adjointe à l'École de santé publique de l'Université de l'Alberta. Je suis aussi directrice scientifique du programme de santé et de bien-être urbains à l'Hôpital Royal Alexandra, à Edmonton.

C'est un honneur de recevoir le Prix du pionnier de l'Institut de la santé publique et des populations des IRSC dans la catégorie Chercheur en début de carrière.

Je suis particulièrement fière que mon travail soit reconnu aux côtés de celui d'impressionnants chercheurs en santé publique qui font bouger les choses au pays et dans le monde.

Comme la cérémonie de remise ne peut se tenir en personne, on m'a demandé de faire une vidéo expliquant brièvement mes travaux en santé publique.

En plus de la pandémie de COVID-19, l'Amérique du Nord fait actuellement face à une épidémie sans précédent de surdoses, qui a emporté plus de 11 000 Canadiens et 136 000 Américains uniquement entre 2016 et 2018.

Cette épidémie est si grave que, pour la première fois en 40 ans, l'espérance de vie a cessé d'augmenter au Canada et décroît aux États-Unis.

Ces statistiques montrent clairement que notre approche face à la consommation de drogues illicites dans la société ne fonctionne pas.

Pour répondre à cette épidémie, améliorer la santé des populations et atteindre l'équité en santé, nous devrons remédier à de nombreuses lacunes dans le système et les politiques de santé, lacunes exacerbées par la stigmatisation et la discrimination des personnes qui consomment des substances ou qui sont aux prises avec des troubles liés à cette consommation.

Dans mes recherches, je m'attaque à ce défi en proposant une approche de santé publique qui mise sur les traitements éprouvés, la prévention et la réduction des méfaits plutôt que sur la criminalisation et la punition.

Je travaille en concertation avec de nombreux organismes communautaires, des dirigeants du système de santé et un important groupe consultatif composé de personnes ayant vécu la consommation de substances, la pauvreté et l'itinérance.

Ensemble, nous faisons un travail qui a des retombées sur deux principaux plans. D'abord, nous avons étendu et amélioré les services de consommation supervisée en Alberta et au Canada par des études épidémiologiques et de mise en œuvre.

Ensuite, nous avons transformé la réponse du système de santé à la consommation de substances. Nous avons surtout mené des études visant à optimiser la mise en œuvre de services de réduction des méfaits, comme la distribution de matériel stérile et de trousses de naloxone, et d'autres stratégies pour les hôpitaux de soins de courte durée. Nous avons aussi pu étudier les politiques sur l'usage de substances des autorités sanitaires et les réformer pour améliorer les soins à toutes les personnes qui consomment des substances.

Au-delà de la recherche, j'ai aussi collaboré avec divers paliers de gouvernement à la création de politiques publiques. J'ai entre autres coprésidé la commission sur la réponse d'urgence du ministre à la crise des opioïdes en Alberta et travaillé avec Santé Canada à la mise en œuvre d'initiatives de distribution de matériel sécuritaire.

Je dois beaucoup à de nombreux mentors qui m'ont appris à influencer les politiques par mes travaux de recherche et de représentation en santé publique. Je veux particulièrement remercier les Dres Tania Bubela et Shanthi Johnson d'avoir soumis ma candidature à ce prix. Je remercie aussi le comité d'évaluation par les pairs de me l'avoir remis. Je tenterai d'en être digne pendant toute ma carrière.

Du fond du cœur, merci!

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