Entretien éclair avec la direction scientifique : Dre Angela Kaida

Nous nous sommes entretenus aujourd’hui avec la Dre Angela Kaida, directrice scientifique de l’Institut de la santé des femmes et des hommes (ISFH) des IRSC, afin d’en savoir plus sur les priorités dans la recherche sur le sexe, le genre et la santé.

IRSC : Où en est la recherche sur le sexe, le genre et la santé?

Dre Kaida : Au cours des cinq dernières années, nous avons constaté des retombées incroyables attribuables aux investissements dans la recherche sur le sexe, le genre et la santé. Dans des domaines aussi variés que la douleur chronique, les neurosciences, le microbiome, la démence, le cancer, l’inflammation, le VIH et bien d’autres encore, la recherche révèle des différences marquantes entre les sexes et les genres.

Or, malgré les progrès et les découvertes scientifiques liés au sexe et au genre, nous n’avons pas encore réussi à éliminer les préjugés qui subsistent dans les données scientifiques sur la santé, lesquelles s’appuient de manière disproportionnée sur des recherches menées à partir de modèles masculins, qu’il s’agisse de cellules, de sujets humains ou de modèles animaux.

Aujourd’hui, l’un des sujets chauds est la nécessité d’une stratégie nationale actualisée sur la santé des femmes. Et pour se doter d’une telle stratégie, le Canada doit se constituer une base de données probantes qui reflète les corps des femmes ainsi que leurs expériences et celles des personnes de diverses identités de genre.

IRSC : Tout à fait. L’utilisation exclusive de modèles masculins a-t-elle eu des conséquences?

Dre Kaida : Bien sûr! Le manque d’attention portée au sexe et au genre depuis des lustres et la sous-représentation des femmes, des modèles féminins et des personnes de diverses identités de genre dans la recherche contribuent à creuser les écarts en santé fondés sur le genre.

Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais ce n’est pas tout. Au Canada, les femmes passent 20 % de leur vie (environ sept ans) en « mauvaise santé ». Cette disparité s’explique par un manque de données probantes, ce qui conduit à des traitements et à des politiques souvent inefficaces, voire néfastes pour les femmes.

Par exemple, pour des centaines de maladies différentes, les femmes sont plus susceptibles que les hommes de subir des retards dans le diagnostic, et ces retards sont en moyenne de deux ans. Nos symptômes sont plus susceptibles d’être ignorés ou minimisés. Qui plus est, les femmes subissent plus souvent des effets indésirables liés aux traitements que les hommes. Une analyse des médicaments retirés du marché américain pour des raisons d’innocuité révèle d’ailleurs qu’un produit est 3,5 fois plus susceptible d’être retiré en raison de risques pour les femmes que pour les hommes. Cette situation est inacceptable. Il faut mener des recherches qui incluent les femmes et les personnes de diverses identités de genre et qui tiennent compte du rôle du sexe et du genre dans notre santé.

IRSC : Quelles mesures sont prises à ce sujet?

Dre Kaida : L’une des grandes priorités de notre institut est de veiller à ce que les équipes de recherche tiennent compte du sexe et du genre dans leurs travaux. Ces dix dernières années, nous avons constaté une augmentation considérable du nombre de demandes de subventions qui abordent des questions liées au sexe et au genre, ce qui constitue une importante première étape. En 2024, 83,5 % des projets financés par les IRSC tenaient compte du sexe et 46,7 % du genre, ce qui représente une augmentation spectaculaire par rapport à il y a dix ans.

Il reste néanmoins beaucoup à faire. Pour remédier au sous-investissement historique dans la recherche sur la santé des femmes et à la sous-évaluation de la santé des femmes, nous avons besoin d’une stratégie à plusieurs volets.

Résoudre ce problème est un impératif moral, social et économique. En effet, selon l’Institut de santé McKinsey, combler les inégalités en santé chez les femmes permettrait de générer 37 milliards de dollars supplémentaires par an pour le PIB canadien.

IRSC : C’est un chiffre énorme!

Dre Kaida : Oui, tout le monde y gagne. Nous nous efforçons de développer la recherche sur la santé des femmes et des personnes de diverses identités de genre en y prêtant l’attention qu’elle mérite, grâce à des partenariats, à des investissements continus et à la valorisation du travail des femmes, de notre santé, de notre prospérité et de nos vies.

Nous devons redoubler d’efforts pour améliorer la santé des femmes. Et c’est par la recherche que nous trouverons les solutions pour y parvenir.

Pour en savoir plus, consultez le site Web de l'Institut de la santé des femmes et des hommes des IRSC.

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