Vieillir en bonne santé : quand corps et cerveau vont de pair

Dr Manuel Montero-Odasso

Judith et Matthew comptent parmi les quelque huit millions de personnes âgées d’au moins 65 ans au Canada. Ils ont tous les deux récemment remarqué qu’ils ne se déplaçaient plus comme avant et qu’ils commençaient à oublier des choses. Ils ont donc consulté leur médecin, qui leur a fait prendre des directions bien différentes.

Judith a été aiguillée vers la physiothérapie sans qu’on s’aperçoive de ses troubles de mémoire, tandis que Matthew s’est retrouvé dans une clinique de la mémoire sans qu’on lui demande au préalable s’il était tombé récemment ou s’il avait de la difficulté à marcher.

C’est exactement le genre de fragmentation auquel veut mettre fin depuis longtemps le Dr Manuel Montero-Odasso, gériatre et chercheur à l’Université Western et au Lawson Research Institute du St. Joseph’s Health Care London. Ses travaux montrent que la santé du cerveau et la mobilité sont étroitement liées dans le processus de vieillissement.

« L’âge avancé peut être associé à un déclin de la mobilité et de la cognition, une situation potentiellement aggravée par les troubles cognitifs légers et la démence, explique le Dr Montero-Odasso. Mais ce ne devrait pas être un passage obligé. »

Pour améliorer l’état physique et la santé du cerveau des personnes âgées, il préconise une approche globale dans laquelle on tient compte de tous les problèmes que peut causer le vieillissement, allant de la démence jusqu’au déclin de la mobilité, en passant par la maladie d’Alzheimer et les risques de chute. Ses recherches sur le sujet, financées par les IRSC, ont reçu l’appui du Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement.

Un participant effectuant des tâches cognitives dans le cadre de l’étude SYNERGIC.

L’un de ses projets a abouti à une recommandation consensuelle de 10 tests de la mobilité et tests cognitifs (en anglais seulement) qui évaluent plusieurs fonctions, notamment la vitesse de marche et la capacité de marcher et de parler en même temps. Les recommandations ont contribué à défragmenter les diagnostics de troubles physiques et cognitifs chez les personnes âgées.

Sous la direction du Dr Montero-Odasso, l’équipe sur la mobilité, l’exercice et la cognition a étudié la valeur de l’entraînement physique et cognitif pour l’amélioration de la santé des personnes âgées. Les résultats de deux grandes études, SYNERGIC (en anglais seulement) et Synergic at Home (en anglais seulement), montrent que la combinaison d’exercices cardiovasculaires et de musculation (avec des élastiques ou des poids, par exemple) et d’entraînement cognitif est particulièrement efficace. L’équipe a monté un programme personnalisé pour maintenir le cerveau en bonne santé, que ce soit la mémoire ou les fonctions exécutives.

Non seulement ralentit-on le déclin cognitif de cette manière, on améliore aussi la mobilité et la santé du cerveau. Qui plus est, les bienfaits ont duré un an dans certains cas. L’équipe a aussi constaté que les effets sur la cognition diffèrent d’un type d’activité physique à l’autre.

« La marche est excellente pour la santé cardiovasculaire, mais elle ne suffit pas en elle-même pour prévenir ou retarder la démence. Il faut des exercices cardiovasculaires et de musculation combinés à un entraînement cognitif », explique le Dr Montero-Odasso.

Participants effectuant des tâches physiques dans le cadre de l’étude SYNERGIC.

En fonction des résultats obtenus, l’équipe sur la mobilité, l’exercice et la cognition rédige des recommandations cliniques pour aider les professionnels de la santé à déterminer les activités physiques à prescrire en fonction du mode de vie du patient (entraînement physique, entraînement cognitif) pour traiter les déficiences cognitives légères, qui peuvent mener à la démence.

L’approche du Dr Montero-Odasso auprès des personnes âgées englobe aussi la prévention des chutes, un problème majeur dont sont victimes le tiers des personnes âgées dans le monde. Après avoir mis au jour des problèmes dans la pratique clinique aux quatre coins du monde, il a élaboré, avec des experts de 40 pays, les lignes directrices mondiales pour la prévention des chutes (en anglais seulement).

Approuvées par la Société canadienne de gériatrie et adoptées notamment en Australie, en Belgique, en Chine, en Malaisie et en Norvège, ces lignes directrices sont les premières à prendre en compte le point de vue du patient et des facteurs comme la cognition, la vitesse de marche, l’équilibre et même la peur des chutes. Ces lignes directrices proposent des outils pratiques (en anglais seulement), dont un algorithme qui prédit le risque de chute et établit des recommandations d’interventions en conséquence.

Pour ce qui est des raisons qui devraient inciter Judith, Matthew et les 18 % de Canadiens âgés de plus de 65 ans à faire travailler à la fois le cerveau et le corps, le Dr Montero-Odasso a un message puissant à transmettre : « Ce n’est pas la vieillesse qui cause les handicaps moteurs. C’est l’immobilité. Il n’est cependant jamais trop tard pour remédier à la situation. »

En bref

L'enjeu

En 2024, huit millions d’adultes au Canada avaient au moins 65 ans. Ces adultes vont connaître un déclin de leur mobilité et de leur cognition en vieillissant, mais le Dr Manuel Montero-Odasso estime que ce n’est pas nécessairement un passage obligé.

La recherche

Les travaux du Dr Manuel Montero-Odasso ont insufflé un vent nouveau sur les soins prodigués aux personnes âgées, les cliniciens étant maintenant encouragés à prendre en compte à la fois la mobilité et la santé du cerveau, à prescrire un entraînement physique et cognitif pour apaiser les troubles et à suivre des lignes directrices pour la prévention des chutes.

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