Au-delà de l’aide-sommeil : la recherche sur la mélatonine pourrait transformer le traitement des troubles du sommeil et de la douleur
Selon des études précliniques, des récepteurs précis de la mélatonine — des protéines activées par la mélatonine dans le cerveau — seraient une avenue prometteuse pour traiter les troubles du sommeil et la douleur chronique.

L'équipe de recherche au laboratoire de la Dre Gabriella Gobbi. La Dre Gobbi est scientifique principale au sein du Programme en réparation du cerveau et en neurosciences intégratives à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill.

Une bonne nuit de sommeil est essentielle pour la santé et le bien-être en général, mais beaucoup de gens ont de la difficulté à dormir. En effet, on estime que de 10 à 15 % des Canadiens éprouvent des symptômes d’insomnie qui nuisent à leur vie quotidienne, et jusqu’à 10 % pourraient être atteints d’un trouble du sommeil. Mais les conséquences ne s’arrêtent pas à la santé : l’insomnie coûte environ 5 010 $ par personne, par année.

Quand les gens n’arrivent pas à dormir, beaucoup d’entre eux se tournent vers les suppléments de mélatonine, qui imitent l’hormone du sommeil naturellement présente dans le corps, mais leurs effets sont modestes. C’est que la mélatonine agit grâce à un système complexe dans le cerveau, selon les découvertes de neuroscientifiques comme la Dre Gabriella Gobbi, de l’Université McGill.

Au centre de ce système complexe se trouvent deux récepteurs, appelés MT1 et MT2. Il s’agit en quelque sorte de « verrous » auxquels la mélatonine, la « clé », se fixe pour influencer le sommeil. « Le sommeil dépend de l’endroit où ces deux récepteurs de la mélatonine sont activés, mais aussi de la façon dont ils le sont », explique la Dre Gobbi.

Si les chercheurs connaissent depuis longtemps le MT1 et le MT2, leurs fonctions distinctes font encore l’objet d’études. Dans un examen des données probantes existantes (en anglais seulement), la Dre Gobbi a cherché à élucider la façon dont chaque récepteur peut influer sur les différents stades du sommeil : le récepteur MT1 peut réguler le stade dans lequel nous rêvons, aussi appelé sommeil rapide, tandis que le récepteur MT2 est associé au sommeil lent profond, essentiel à la récupération et à la restauration du cerveau.

Les travaux de la Dre Gobbi montrent également que l’activation de ces récepteurs individuellement pourrait optimiser des stades précis du sommeil. Alors, que se passe-t-il lorsque les deux récepteurs sont activés simultanément? Les avantages peuvent s’annuler, comme l’explique la Dre Gobbi, en soulignant l’importance de cibler sélectivement un seul récepteur.

Son équipe a ainsi mis au point des médicaments expérimentaux conçus pour activer sélectivement le récepteur MT1 ou MT2. Une étude (en anglais seulement) menée sur des modèles animaux a montré qu’un composé ciblant le MT1 permet d’activer des régions cérébrales précises, ce qui prolonge le sommeil rapide.

Les observations de la Dre Gobbi aident à expliquer pourquoi les suppléments de mélatonine peuvent être inefficaces pour maintenir le sommeil tout au long de la nuit : « Les suppléments de mélatonine ne sont pas conçus pour activer sélectivement des récepteurs précis, précise-t-elle. C’est pourquoi il est essentiel de mettre au point des traitements ciblés. »

De plus, ses recherches révèlent que le récepteur MT2 jouerait un rôle au-delà du sommeil profond; en effet, il pourrait s’avérer utile dans la gestion de la douleur chronique. Une autre étude (en anglais seulement) a montré qu’un médicament ciblant le MT2 pourrait aider à réduire la douleur neuropathique en activant le système naturel d’opioïdes dans le cerveau, c’est-à-dire un circuit de neurones intervenant dans la régulation de la douleur.

Ces observations indiquent qu’il existe une solution de rechange prometteuse aux opioïdes habituels, peut-être avec moins d’effets secondaires et un faible risque de dépendance.

« Le financement des IRSC nous a permis de transformer une molécule, qui était au départ un simple concept sur papier, en un véritable médicament candidat. Et cette petite molécule pourrait ouvrir la voie à une nouvelle catégorie de traitements pour les troubles du sommeil et la douleur », affirme la Dre Gobbi.

L’équipe a déjà breveté plusieurs composés qui ciblent sélectivement les récepteurs de la mélatonine et se prépare à les mettre à l’épreuve dans des essais cliniques. Tournée vers l’avenir, la Dre Gobbi étudie également la façon dont les traitements ciblant le récepteur MT2 pourraient être appliqués à des affections comme le trouble du spectre de l’autisme.

En bref

L’enjeu

Les troubles du sommeil et la douleur chronique touchent énormément de gens et représentent un lourd fardeau pour l’économie et la santé de la population. Or, les traitements habituels pour les troubles du sommeil, comme les suppléments de mélatonine, ne sont pas efficaces pour tout le monde. Les opioïdes, souvent prescrits pour la douleur neuropathique, peuvent également présenter de sérieux risques de dépendance et de décès.

La recherche

Les travaux de la Dre Gabriella Gobbi transforment la compréhension de la mélatonine et de ses récepteurs dans le monde de la recherche. Bien plus qu’un aide-sommeil, ce sont des éléments clés du fonctionnement du cerveau qui offrent un vaste potentiel thérapeutique pour les troubles du sommeil et la douleur chronique.

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