Des recherches qui aident les personnes atteintes d’un myélome multiple à vivre plus longtemps
Grâce à des essais cliniques et à des chercheurs canadiens, un cancer autrefois dévastateur est en passe de devenir une maladie avec laquelle de nombreuses personnes peuvent vivre pendant des années.

Grâce à des décennies de recherche, y compris des études menées au Canada avec le soutien des IRSC, de nombreuses personnes atteintes d’un myélome vivent plus longtemps que jamais.

Il n’y a pas si longtemps, le diagnostic de myélome multiple était associé à une survie de courte durée.

Chaque année, environ 4 300 personnes au Canada reçoivent un diagnostic de ce cancer des plasmocytes de la moelle osseuse. Le myélome a toujours été difficile à traiter : de nombreux patients répondent favorablement au traitement, mais la maladie finit souvent par réapparaître. Lorsque la Dre Suzanne Trudel a commencé sa carrière en hématologie, les patients atteints d’un myélome avaient une survie envisageable de trois à cinq ans. Les traitements étaient en grande partie fondés sur des chimiothérapies plus anciennes.

Puis, se souvient-elle, de nouveaux médicaments ont commencé à faire leur apparition.

Lors d’un important congrès en hématologie, la Dre Trudel a pris connaissance de certains des premiers résultats du bortézomib, un médicament qui allait contribuer à révolutionner le domaine. « Ce nouveau médicament suscitait un immense enthousiasme, notamment en raison des résultats observés chez les patients atteints de myélome », explique-t-elle. « Nous n’étions qu’à l’aube d’une nouvelle ère de traitements. »

Aujourd’hui, l’histoire du myélome multiple évolue encore.

Grâce à des décennies de recherche, y compris des études menées au Canada avec le soutien des IRSC, de nombreuses personnes atteintes d’un myélome vivent plus longtemps que jamais. Le taux de survie s’est considérablement amélioré. Pour certaines, cette maladie est de plus en plus considérée comme une affection chronique caractérisée par une alternance de périodes de rémission, de récidive et de rondes de traitements, mais aussi par une espérance de vie plus longue que les générations précédentes de patients.

« C’est incroyable », déclare la Dre Trudel, clinicienne-chercheuse au Centre de cancérologie Princess-Margaret. Grâce aux combinaisons de traitements actuelles, certains patients peuvent rester en première rémission pendant 15 à 17 ans. « Nous pensons que de nombreux patients… vivront désormais jusqu’à leur espérance de vie naturelle. »

Ces progrès découlent d’une meilleure compréhension des raisons pour lesquelles le myélome est si difficile à traiter. La maladie ne présente pas une seule cible homogène. Elle peut être constituée de plusieurs groupes de cellules cancéreuses apparentés, lesquels se comportent chacun de manière légèrement différente. Un traitement peut être efficace contre un groupe, mais pas contre un autre. C’est pourquoi les chercheurs étudient des combinaisons de traitements qui s’attaquent de différentes manières à la maladie simultanément.

Les essais cliniques sont au cœur de tels progrès.

Prenons, par exemple, l’étude ALGONQUIN (en anglais seulement) menée au Canada, dans laquelle a été mise à l’essai une approche à trois médicaments chez des patients dont le myélome était réapparu après un traitement antérieur. Cette étude a contribué à orienter les essais ultérieurs et renforcé l’élan croissant de nouvelles options thérapeutiques pour les personnes atteintes d’un myélome. Elle a également soulevé une question scientifique importante : pourquoi certains patients ont-ils si bien répondu au traitement pendant si longtemps?

Dans des échantillons prélevés chez les patients, l’équipe de la Dre Trudel a observé des signes indiquant qu’un type de cellule immunitaire, les lymphocytes T gamma delta, pourrait aider l’organisme à reconnaître le cancer et à le maîtriser. Son équipe de laboratoire cherche actuellement à déterminer si ces cellules immunitaires pourraient ouvrir la voie à de nouveaux traitements.

D’autres recherches visent à rendre les soins moins invasifs. La Dre Trudel et ses collaborateurs cherchent à déterminer si des analyses sanguines pourraient un jour aider à surveiller l’évolution du myélome, ce qui permettrait d’éviter le recours fréquent à des biopsies de la moelle osseuse, qui sont douloureuses et angoissantes pour les patients.

Les prochains essais s’annoncent tout aussi prometteurs. Les chercheurs testent présentement des immunothérapies, c’est-à-dire des traitements qui aident le système immunitaire à détecter et à attaquer le cancer, à un stade plus précoce de la maladie. La Dre Holly Lee, hématologue et chercheuse sur le myélome, cite notamment les études MajesTEC-3 (en anglais seulement) et MajesTEC-9 (en anglais seulement), qui explorent la façon dont de puissants traitements basés sur l’immunité pourraient être utilisés à un stade plus précoce et présenter une efficacité accrue.

Néanmoins, la Dre Lee demeure prudente : « Je ne pense pas que “plus” soit forcément toujours synonyme de “meilleur” », affirme-t-elle. Les chercheurs doivent encore déterminer comment administrer ces traitements de façon sécuritaire, combien de temps les administrer et pourquoi certains cancers finissent par trouver le moyen de les contourner.

Pour les patients, les essais cliniques peuvent à la fois être source d’espoir et s’avérer éprouvants.

Rinat Avitzur, une patiente partenaire suivie au Centre de cancérologie Princess-Margaret, a participé à un essai clinique après la récidive de son myélome. En l’espace de six semaines, explique-t-elle, son myélome était « maîtrisé ». Bien que reconnaissante, elle garde les pieds sur terre, sachant que d’autres examens et visites à l’hôpital l’attendent.

Certes, elle affirme que l’intérêt des essais cliniques est évident. « Nous comptons sur les essais cliniques non seulement pour trouver de meilleures options, comme dans mon cas, mais aussi bien souvent, en dernier recours. »

Son conseil aux autres patients est simple : posez des questions, exprimez-vous et dites tout à votre équipe de soins. Même les symptômes qui semblent insignifiants peuvent avoir leur importance.

Selon elle, les essais cliniques permettent aux patients d’avoir accès à des options prometteuses et aux futurs patients de recevoir de meilleurs soins.

Telle est la promesse discrète de la recherche en santé. La participation d’un patient s’inscrit dans une histoire plus vaste : celle de scientifiques, de cliniciens, de bailleurs de fonds et de familles qui œuvrent ensemble à obtenir des rémissions plus longues, des traitements moins éprouvants et, un jour, des remèdes.

En bref

L’enjeu

Le myélome multiple est un cancer des plasmocytes de la moelle osseuse. Ce cancer a toujours été difficile à traiter, car il réapparaît souvent après les traitements et peut y développer une résistance.

La recherche

Des chercheurs canadiens étudient les raisons pour lesquelles le myélome répond à certains traitements et résiste à d’autres, tout en testant de nouvelles combinaisons de traitements dans le cadre d’essais cliniques. Ils étudient également des méthodes moins invasives pour surveiller la maladie, notamment les analyses sanguines.

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