De la crise aux soins : transformer le parcours en santé mentale des jeunes Noirs en Ontario
Des modèles adaptés à la culture redéfinissent l’accès, les traitements et les résultats

Dr Kwame McKenzie

Les troubles de santé mentale et de toxicomanie, comme la dépression et l’anxiété, figurent parmi les principales causes d’incapacité dans le monde. Toutefois, leur fardeau est inégalement réparti au sein de la population canadienne. Pour de nombreux jeunes, l’accès aux soins est davantage défini par des facteurs sociaux et structurels que des besoins cliniques, ce qui entraîne des parcours inéquitables au sein du système de santé mentale.

Au Canada, les personnes noires sont trois fois plus susceptibles d’être admises dans un hôpital psychiatrique que la population générale. Chez les jeunes Noirs, ces disparités sont encore plus marquées :

  • Ils sont quatre fois plus susceptibles d’entrer dans le système de santé mentale par les services d’urgence.
  • Ils attendent souvent 16 semaines avant de recevoir de l’aide, comparativement à environ 8 semaines pour les jeunes Blancs.
  • Près de 50 % des jeunes Noirs qui accèdent au système de santé mentale signalent une intervention policière dès le premier point de contact.

Ces résultats suggèrent que, pour de nombreuses familles, la « porte d’entrée » vers les soins en santé mentale n’est pas une clinique, mais plutôt une réponse à une situation de crise, impliquant souvent les services d’urgence ou la police.

Comprendre les facteurs à l’origine de ces disparités est au cœur de la recherche soutenue par les IRSC et dirigée par le Dr Kwame McKenzie, directeur général de l’Institut Wellesley et scientifique principal au Centre de toxicomanie et de santé mentale. Ses travaux, amorcés il y a plus de 30 ans à l’Institut de psychiatrie de Londres, au Royaume-Uni, se poursuivent aujourd’hui au Canada.

Alors que ses premières recherches portaient principalement sur la biologie et la génétique des maladies mentales, les données ont progressivement mis en évidence des orientations différentes. « Nous avons constaté que les déterminants sociaux, particulièrement le racisme, étaient clairement associés à un risque accru de psychose », explique le Dr McKenzie. « Il ne s’agissait pas seulement d’une question de biologie, mais aussi d’une question d’environnement. »

Ce nouvel éclairage entraîne d’importantes répercussions pour la recherche sur les systèmes de santé. Il repositionne les inégalités comme des déterminants en amont des résultats en santé mentale, lesquels doivent être pris en compte directement dans la conception des soins.

Le Dr McKenzie se concentre sur la mise en pratique des résultats de la recherche. Il a dirigé la mise en œuvre d’ AMANI — qui signifie « paix » en swahili — un modèle de programme communautaire centré sur l’équité, conçu pour créer de nouveaux parcours d’accès aux soins en santé mentale pour les jeunes Noirs. Il s’éloigne des points d’entrée liés aux situations de crise pour diriger les jeunes vers des soins adaptés à leur culture — comme le counseling, la psychiatrie et la thérapie de groupe — plus tôt dans leur parcours.

Dans la continuité de ces travaux, le Dr McKenzie et ses collaborateurs ont également adapté la théorie cognitivo-comportementale (TCC) pour les populations noires en Ontario, en en faisant une version culturellement adaptée (TCCCa). Cette approche ajuste les cadres traditionnels de la TCC afin de mieux tenir compte du contexte culturel, de l’expérience concrète et des réalités structurelles qui influencent la santé mentale.

Les retombées des soins adaptés à la culture se manifestent tant dans l’expérience des patients que dans les résultats du système. Lorsque les soins tiennent compte de l’expérience concrète des patients, les jeunes déclarent un taux de satisfaction d’environ 30 % plus élevé et sont deux fois plus susceptibles de mener leur traitement à terme.

Au Canada, le modèle AMANI, la formation en TCCCa et les initiatives communautaires de sensibilisation à la santé mentale destinées aux personnes immigrantes et réfugiées ont été mis en œuvre dans des milieux cliniques et communautaires. Ensemble, ces initiatives ont bénéficié à des dizaines de milliers de personnes grâce à des programmes de formation et à la prestation directe de services.

Plutôt qu’un programme isolé, ce travail s’inscrit dans un vaste écosystème de recherche en santé soutenu par les IRSC, où les innovations sont élaborées par la recherche, mises à l’essai dans la pratique, puis adaptées par les cliniciens et les partenaires communautaires dans divers contextes.

Pour le Dr McKenzie, l’objectif ne consiste pas seulement à améliorer les programmes individuels, mais à transformer la définition de l’accès et de la qualité dans le système de santé. « Des soins équitables signifient que les Canadiens peuvent se déplacer d’une province à l’autre tout en continuant d’avoir accès à des soins spécialisés de haute qualité », explique-t-il.

L’orientation est claire : au Canada, les soins en santé mentale évoluent d’un modèle principalement axé sur le traitement des maladies vers une approche qui vise également à concevoir des systèmes capables de prévenir les inégalités et de favoriser le rétablissement dès le départ.

En bref

L’enjeu

Les obstacles systémiques font en sorte que les jeunes Noirs attendent environ deux fois plus longtemps que leurs pairs Blancs pour obtenir des soins de santé mentale et sont quatre fois plus susceptibles d’entrer dans le système par les services d’urgence ou à la suite d’une intervention policière.

La recherche

Le Dr Kwame McKenzie met en évidence le rôle du racisme et des déterminants sociaux de la santé comme facteurs clés des maladies mentales graves, y compris la psychose. Ses travaux soulignent l’importance d’approches de soins à la fois communautaires et adaptées à la culture. En intégrant ces approches au système de santé mentale de l’Ontario, l’accès aux soins s’est réorienté, passant d’interventions en situation de crise à un soutien plus précoce en milieu communautaire. Par conséquent, les visites à l’urgence et les hospitalisations chez les jeunes Noirs ont diminué, tandis que la mobilisation et l’achèvement des traitements se sont améliorés.

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