Entretien éclair avec la direction scientifique : Dre Chelsea Gabel

Nous nous sommes entretenus aujourd’hui avec la Dre Chelsea Gabel, directrice scientifique de l’Institut de la santé des Autochtones (ISA), afin d’en savoir plus sur les priorités de la recherche sur la santé des Autochtones.

IRSC : La Journée nationale des peuples autochtones (21 juin) est l’occasion de célébrer les traditions, la culture et la contribution des communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Y a-t-il cette année un projet de recherche mené par des Autochtones qui se doit d’être souligné?

Dre Gabel : L’un des projets de recherche qui s’est vraiment démarqué est celui sur les feux de forêt, dirigé par le programme phare de l’ISA, Environnement réseau pour la recherche sur la santé des Autochtones (ERRSA).

En juin dernier, le Centre pour la recherche sur la préparation en cas de pandémie et d’urgence sanitaire des IRSC a recommandé l’octroi d’une subvention réservée au Centre de coordination national du programme ERRSA afin qu’il entreprenne une recherche en temps réel sur les répercussions sanitaires des évacuations causées par les feux de forêt sur les Premières Nations et les Métis en Saskatchewan et au Manitoba. En quelques mois seulement, 1,5 million de dollars ont été mobilisés.

IRSC : Quels genres de travaux peuvent être réalisés grâce à la subvention?

Dre Gabel : Il n’y a pas qu’un seul projet, mais bien de multiples études communautaires contribuant à une meilleure compréhension du sujet grâce à un effort national coordonné. Chaque centre du ERRSA a pu présenter une demande de financement de démarrage afin de réaliser des projets d’intervention rapide de petite envergure en lien avec les feux de forêt.

Par exemple, une équipe s’est rendue au nord de la Saskatchewan pour s’entretenir directement avec des personnes ayant été évacuées afin de documenter leur expérience. Les résultats ont été présentés récemment lors d’un rassemblement auquel j’ai participé à Prince Albert, en Saskatchewan, aux côtés de plus de 140 personnes touchées par les feux de forêt l’année dernière. Certains résultats préliminaires y ont été présentés, mais la partie la plus touchante a été le témoignage des personnes évacuées.

Nombre d’entre elles se sont senties abandonnées lors du processus d’évacuation qu’elles décrivent comme déshumanisant. Ces personnes ont parlé des conditions dans lesquelles elles ont dû vivre – environnements surpeuplés et voitures – ainsi que de l’effet traumatique découlant de la volonté de protéger les enfants et les Aînés. À Denare Beach seulement, plus de 200 maisons ont été détruites et beaucoup de familles vivent toujours, un an plus tard, dans des motels.

IRSC : C’est terrible.

Dre Gabel : Les récits sont autant bouleversants qu’essentiels. Ils nous rappellent que les urgences climatiques n’entraînent pas que des répercussions physiques, mais aussi émotionnelles et culturelles, en plus de remémorer des expériences de déplacements forcés et d’iniquité.

IRSC : En quoi ces recherches sont-elles importantes?

Dre Gabel : La recherche sur les feux de forêt influe déjà sur notre façon de voir la préparation aux urgences et nous aide à déterminer les besoins en santé en temps de crise.

Elle agit comme modèle d’intervention culturellement sécurisante pour les communautés autochtones et permet d’élargir le programme national de recherche sur les feux de forêt et la santé.

Ces travaux sont d’autant plus importants alors que les communautés se préparent au retour de la saison de feux de forêt. La recherche menée par des Autochtones garantit que les expériences et les priorités de ces derniers sont au cœur de toutes les décisions qui les touchent.

Pour en savoir plus, consultez le site Web de l'Institut de la santé des Autochtones des IRSC.

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