La vie ne s’arrête pas lorsqu’on cesse de conduire
Une feuille de route en ligne financée par les IRSC aide les personnes vivant avec un trouble neurocognitif, ainsi que leurs proches, à mieux vivre la transition vers l’arrêt de la conduite automobile.

Dr Gary Naglie

« J’attendais pour tourner à droite lorsque trois ou quatre enfants à vélo ont surgi de nulle part, raconte Ron Posno, qui vit avec la maladie d’Alzheimer. J’ai eu peur. Est-ce que le fait de ne pas avoir vu ces enfants arriver est lié à mon trouble neurocognitif? »

Cet incident a marqué un tournant pour Ron, qui a alors décidé de cesser de conduire, de remettre son permis et de donner sa voiture.

La conduite automobile est souvent perçue comme un symbole d’autonomie, car elle permet aux gens de décider librement où ils veulent aller, quand ils le veulent. Mais pour les personnes âgées, un diagnostic de trouble neurocognitif peut tout changer.

Ces troubles peuvent entraîner un ralentissement du temps de réaction, des difficultés à évaluer les distances et la vitesse, ainsi qu’un sentiment de désorientation. À mesure que la maladie progresse, les capacités de conduite diminuent et des conducteurs comme Ron choisissent de ranger définitivement leurs clés.

Les Drs Mark Rapoport et Gary Naglie, tous deux cliniciens, savent à quel point cette transition peut être difficile. « Arrêter de conduire représente un changement majeur dans la vie. Cela peut avoir de nombreuses répercussions négatives sur la santé, comme un déclin fonctionnel et cognitif, et peut même réduire l’espérance de vie », explique le Dr Naglie, vice-président des affaires médicales et médecin-chef à l’hôpital et au centre de soins de longue durée Baycrest, ainsi que professeur de médecine gériatrique à la Faculté de médecine Temerty de l’Université de Toronto.

Dr Mark Rapoport

« Les patients arrivent dans nos bureaux et, parfois, nous devons leur dire : vous devez arrêter de conduire », explique le Dr Rapoport, professeur de psychiatrie à la Faculté de médecine Temerty et psychiatre au Centre Sunnybrook des sciences de la santé. Trop souvent, ces conversations surviennent après le moment où les conducteurs peuvent réellement participer à la décision de cesser de conduire, ce qui leur laisse peu de temps pour s’y préparer.

Pour changer cette réalité, les chercheurs ont créé une feuille de route, c’est-à-dire une ressource en ligne fondée sur des données probantes et conçue avec des partenaires ayant une expérience concrète, comme Ron, afin d’aider les personnes atteintes d’un trouble neurocognitif, leurs proches aidants et les professionnels de la santé à prendre des décisions éclairées concernant la conduite automobile.

L’un des portails s’adresse aux personnes atteintes d’un trouble neurocognitif qui conduisent encore. « Ne serait-il pas préférable de leur donner les moyens de décider elles-mêmes quand il est temps d’arrêter de conduire? », souligne le Dr Rapoport. Les conducteurs peuvent y trouver de l’information sur les effets de ces troubles sur la conduite, les signes indiquant qu’il devient dangereux de conduire, les façons de se déplacer sans voiture et, surtout, les moyens de composer avec les émotions difficiles liées à l’arrêt de la conduite automobile.

« Il faut faire comprendre aux personnes atteintes d’un trouble neurocognitif, peu importe sa forme, qu’il ne faut pas garder cela pour soi. Il faut parler de sa maladie avec sa famille et ses amis et expliquer comment elle nous affecte », affirme Ron.

Une autre section de la ressource s’adresse aux personnes atteintes d’un trouble neurocognitif qui ont déjà cessé de conduire. « Nous ne voulions pas qu’elles cessent de vivre ou d’accomplir les activités qui comptent le plus pour elles, explique le Dr Rapoport. Il y a une vie après la conduite automobile. »

Un portail destiné aux proches des personnes atteintes d’un trouble neurocognitif offre des conseils pour amorcer des conversations sur l’arrêt de la conduite automobile, planifier cette transition et savoir quoi faire lorsqu’une personne refuse d’arrêter de conduire.

Depuis son lancement, près de 50 000 personnes partout dans le monde ont consulté le site Web, ce qui témoigne du besoin d’outils pratiques qui tiennent compte à la fois de la sécurité et des aspects émotionnels liés à l’arrêt de la conduite automobile.

Dans la prochaine étape de leurs travaux auprès des conducteurs atteints d’un trouble neurocognitif, les chercheurs utiliseront des technologies de capteurs embarqués afin de suivre les habitudes de conduite de personnes âgées atteintes d’un trouble léger. L’objectif est de mettre au point une solution plus accessible et moins coûteuse que les évaluations spécialisées sur route souvent utilisées pour déterminer si une personne âgée devrait continuer à conduire.

Ces travaux visent à faire en sorte que les personnes atteintes d’un trouble neurocognitif puissent participer tôt et de façon significative aux décisions concernant la conduite automobile. « Lorsque les gens peuvent participer à la décision d’arrêter de conduire, les résultats sont généralement beaucoup plus positifs », affirme le Dr Naglie.

En bref

L’enjeu

Pour les personnes atteintes d’un trouble neurocognitif, devoir arrêter de conduire peut être une épreuve difficile. Cette situation peut entraîner une perte d’autonomie, un isolement social et des changements importants dans le quotidien.

La recherche

Grâce à une feuille de route sur les troubles neurocognitifs et la conduite automobile, des chercheurs aident les gens à planifier l’arrêt de la conduite automobile et à continuer de mener une vie active par la suite.

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