Briser le cycle : la prévention, clé de la fin de l’itinérance chez les jeunes
La recherche du Dr Sean Kidd montre la force du soutien précoce pour changer la trajectoire de jeunes à risque

Dr Sean Kidd

Pour de nombreux jeunes au Canada, l’itinérance ne survient généralement pas de façon soudaine – elle s’immisce discrètement dans leur vie. Un cours manqué se transforme en plusieurs semaines d’absence à l’école, les résultats scolaires baissent, et les problèmes à la maison s’aggravent. Si ces jeunes n’obtiennent pas un soutien en temps opportun, leur situation, teintée de signes avant-coureurs, peut rapidement dégénérer en crise.

Les jeunes en situation d’itinérance présentent des risques de suicide et de surdose beaucoup plus élevés que leurs pairs : au Canada, leur taux de mortalité est au moins 12 fois plus élevé.

Les efforts de lutte contre l’itinérance chez les jeunes consistent souvent en des interventions d’urgence, comme l’offre d’un refuge ou d’une solution de logement à court terme. Bien que ces formes de soutien soient essentielles, les études sur le sujet révèlent que les mesures de logement à elles seules ne suffisent pas, car en l’espace d’un an, environ un jeune sur quatre retourne à la rue. De plus, bon nombre des jeunes qui demeurent logées continuent de faire face à d’importants défis, notamment une piètre santé mentale, l’isolement social et des débouchés limités. Ils sont souvent décrits comme étant en situation « stable, mais sans issue ».

Au-delà de ces constatations, on observe un problème plus vaste : l’approche actuelle du Canada est principalement réactive.

« Notre système, axé sur la gestion de crise, nous amène à construire de plus en plus de refuges, déclare le Dr Sean Kidd, psychologue clinicien au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH). Or, chaque passage par le système d’hébergement d’urgence rend plus difficile le changement de trajectoire. Nous devons intervenir plus tôt auprès des jeunes, idéalement avant même qu’ils ne connaissent une situation d’itinérance. »

Les travaux du Dr Kidd portent sur l’amélioration des résultats lors de points de transition clés, en misant notamment sur l’intervention précoce et la période cruciale après l’installation d’un jeune dans un logement sûr. Son équipe de recherche et lui ont conçu et mis à l’essai le Housing Outreach Project – Collaboration (HOP-C), un programme qui soutient les jeunes pendant cette période de transition où ils sont particulièrement vulnérables. Ce programme intègre des soins de santé mentale, du soutien par des pairs ayant une expérience concrète ainsi que des services coordonnés dans divers secteurs.

Les données probantes issues du HOP-C montrent des résultats prometteurs. Les jeunes y maintiennent une excellente participation et affichent des résultats positifs quant à leur situation d’hébergement et des progrès sur le plan des études et de l’emploi.

Le Dr Sean Kidd cible les jeunes avant que les difficultés ne s’aggravent; ses travaux visent à leur offrir du soutien pendant des périodes de transition clés, par exemple, après l’installation d’un jeune dans un logement sûr.

Le HOP-C laisse aussi entrevoir une baisse du recours aux services d’urgence. En guise d’exemple, une jeune personne ayant des antécédents de visites fréquentes à l’urgence en raison de graves crises de santé mentale a pu stabiliser sa situation grâce au soutien du programme. Avec l’accompagnement d’un pair aidant et d’un psychologue, elle est passée de crises répétées à une situation beaucoup plus stable qui l’a amenée à s’investir dans la communauté. Le HOP-C a également démontré sa pertinence sur le plan culturel auprès de jeunes Autochtones.

Bien que le HOP-C soit conçu pour réduire le risque de retour à l’itinérance, les travaux du Dr Kidd soulignent l’importance d’intervenir tôt. L’objectif consiste non seulement à intervenir plus efficacement, mais aussi à prévenir l’itinérance, avant même que le problème ne se pose.

Les écoles jouent un rôle important dans le repérage rapide des signes avant-coureurs chez les jeunes à risque : diminution de l’assiduité en classe, changements dans les résultats scolaires, difficultés familiales, etc. Or, l’accès à des évaluations et à des services de soutien en santé mentale en milieu scolaire peut prendre jusqu’à deux ans, laissant ainsi de nombreux jeunes à eux-mêmes en périodes de vulnérabilité.

Le Dr Kidd travaille à un modèle de prévention en amont axé sur le repérage rapide des jeunes à risque et la coordination du soutien dans les écoles et les communautés. En tissant des liens avec les jeunes avant que les difficultés ne s’aggravent, il devient possible de changer la trajectoire amorcée et d’en aider un plus grand nombre à rester logés, à demeurer en santé et à renforcer les liens avec la communauté.

Cette approche axée sur la prévention est également au cœur de Vers un chez-soi Canada, un organisme national œuvrant à la prévention de l’itinérance chez les jeunes et pour lequel le Dr Kidd est membre du conseil d’administration depuis de nombreuses années. Combinés, ces efforts contribuent à bâtir un avenir où un nombre moindre de jeunes devra recourir au système d’hébergement d’urgence.

En bref

L’enjeu

Chaque année, environ 35 000 à 40 000 jeunes vivent en situation d’itinérance au Canada, soit quelque 20 % de la population totale des sans-abri au pays. Malgré les données probantes démontrant l’efficacité de la prévention, la réponse du Canada à l’itinérance chez les jeunes demeure largement réactive et repose sur l’offre de refuges et autres mesures de gestion de crise. L’intervention uniquement en réaction à une crise est coûteuse et de moindre efficacité, et l’offre de logement à elle seule laisse souvent les jeunes dans une situation « stable, mais sans issue », où persistent les difficultés de santé mentale et les obstacles sociaux.

La recherche

Le Dr Sean Kidd a conçu le Housing Outreach Project – Collaboration (HOP-C), un programme qui intègre des soins de santé mentale, du soutien par les pairs et des services coordonnés pour aider les jeunes. Les résultats de ses recherches révèlent que des mesures de soutien rapides et intégrées peuvent améliorer la stabilité du logement et la trajectoire de vie pour les jeunes, mais soulignent aussi l’importance d’une intervention précoce par la prévention en milieu scolaire et communautaire.

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