Une percée dans le traitement de la maladie de Fabry
Un essai clinique dirigé par une équipe canadienne prouve l’innocuité et l’efficacité d’une solution de rechange pour le traitement d’une maladie génétique rare.
« C’était complètement différent des autres traitements dont nous avions entendu parler à l’époque », se souvient Ryan Deveau, l’une des cinq personnes atteintes de la maladie de Fabry qui ont reçu une thérapie génique à dose unique dans le cadre d’un essai clinique inédit mené ici même au Canada.
La maladie de Fabry est un problème génétique rare qui empêche l’organisme de produire suffisamment de α-galactosidase A (α-gal A), une enzyme responsable de la décomposition des matières grasses. Un taux faible ou nul d’enzymes α-gal A peut endommager les reins, le cœur et le cerveau, réduisant ainsi l’espérance de vie. Le traitement habituel, qui comprend un traitement enzymatique substitutif toutes les deux semaines, est lourd pour les patients et coûte au système de santé environ 300 000 $ par année, par patient.
Or, un essai clinique financé par les IRSC a transformé le traitement de la maladie de Fabry, améliorant ainsi les résultats pour les patients et réduisant les coûts des soins de santé.
Tout a commencé dans les années 1990 lorsque le Dr Jeffrey Medin (en anglais seulement), alors chercheur au Réseau universitaire de santé, a inauguré une thérapie génique qui permettait aux cellules souches sanguines de produire l’enzyme α-gal A. Puis, au début des années 2000, il s’est associé au Dr Michael West (en anglais seulement), néphrologue à l’Université Dalhousie, pour offrir cette nouvelle thérapie génique à des patients. Onze ans plus tard, leur équipe a lancé le premier essai clinique du genre dans trois établissements canadiens.
La thérapie génique n’était pas seulement une première, c’était une percée spectaculaire. En l’espace de 12 heures, de nouvelles enzymes circulaient dans le sang des patients. « Nous avions prédit que cela se produirait selon plusieurs études sur des animaux, mais ce fut incroyable pour tout le monde de voir cette prédiction se réaliser chez les patients », se souvient le Dr Medin.
Après une semaine, tous les participants avaient atteint des taux d’enzymes proches de la normale et ont reçu l’autorisation de mettre fin au traitement enzymatique substitutif. « J’oubliais carrément que j’étais atteint de la maladie de Fabry », affirme M. Deveau, qui n’a pas eu à recevoir de traitement pendant trois ans et demi après l’essai. Six ans plus tard, deux patients n’ont toujours pas besoin de suivre un traitement enzymatique substitutif.
Les résultats de l’étude (en anglais seulement) ont confirmé que la thérapie génique est sûre et efficace. « Les fonctions rénales se sont stabilisées et les patients n’ont pas eu d’événements cliniques liés à la maladie de Fabry au cours des cinq dernières années, contrairement à d’autres qui suivaient le traitement enzymatique habituel », explique le Dr West.
La thérapie génique à dose unique a également réduit le fardeau des perfusions d’enzymes fréquentes. M. Deveau consacrait deux heures à son traitement toutes les deux semaines, du temps que la thérapie génique lui a permis de passer au travail ou avec ses enfants au lieu. « C’était fantastique de pouvoir vivre ma vie comme tous ceux qui n’ont pas cette maladie. »
« Cette thérapie représente non seulement un soulagement énorme pour les patients, mais aussi une importante économie de coûts, déclare le Dr West. En interrompant le traitement enzymatique de cinq personnes avec cette thérapie, nous avons permis au système de santé d’économiser environ 300 000 $ par année ». Les économies globales de 3,7 millions de dollars compensent le financement total des IRSC.
L’étude crée un précédent mondial en thérapie génique pour traiter la maladie de Fabry. Les chercheurs espèrent désormais élargir l’accès à cette thérapie salvatrice en collaborant avec une entreprise de biotechnologie. « C’est ce qui m’empêche de dormir la nuit, affirme le Dr Medin. Je veux faire en sorte que le plus grand nombre possible de patients aient accès à cette thérapie génique. »
En bref
L’enjeu
La maladie de Fabry est un problème génétique rare qui touche la production d’une enzyme responsable de la décomposition des matières grasses. Sans elle, les dommages s’accumulent dans les organes vitaux, ce qui entraîne des symptômes graves et une mort précoce. Les traitements existants sont lourds pour les patients et coûteux pour le système de santé.
La recherche
Un essai clinique financé par les IRSC a été la première étude au monde à porter sur une thérapie génique comme solution de rechange au traitement de la maladie de Fabry. Les résultats ont montré que la nouvelle thérapie était sûre et efficace et qu’elle allégeait le fardeau du traitement. L’équipe travaille maintenant avec une entreprise de biotechnologie en vue de mener une étude plus vaste pour confirmer l’efficacité et l’innocuité à long terme de la thérapie afin de l’offrir à un plus grand nombre de patients.
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