Au-delà de la perte de poids : les avantages inattendus de la chirurgie bariatrique

Dr André Tchernof, Ph. D, professeur, École de nutrition de l’Université Laval, codirecteur de la chaire de recherche en chirurgie bariatrique et métabolique, Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec

La chirurgie bariatrique est l’une des solutions les plus efficaces pour diminuer l’obésité. Cependant, ses effets sur les maladies associées à l’obésité, comme le diabète et le vieillissement cérébral prématuré, demeurent imprécis. Puisque des milliers de Canadiens ont recours chaque année à la chirurgie bariatrique, il devient impératif d’étudier cette question.

Dans le cadre d’une subvention d’équipe des IRSC sur les soins bariatriques, le Dr André Tchernof, professeur à l’École de nutrition de l’Université Laval, ainsi que son collègue, le Dr Laurent Biertho, chaire de recherche à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, ont étudié la réaction des patients aux différents types de chirurgie bariatrique. « Notre principale question — et notre objectif — était la résorption du diabète de type 2 », explique-t-il. « Notre hypothèse était qu’une meilleure compréhension des effets spécifiques de chaque type de chirurgie sur le diabète permettrait de choisir l’intervention la plus adaptée à chaque patient. »

L’étude a confirmé que dans la vaste majorité des cas, la chirurgie bariatrique permet une nette amélioration du diabète de type 2, bien que l’efficacité varie d’un patient à l’autre, selon le type de chirurgie. Le Dr Tchernof a découvert que la dérivation biliopancréatique, un type de chirurgie bariatrique plus radical qui réduit la taille de l’estomac et modifie l’absorption des aliments par l’organisme, était l’option qui fonctionnait le mieux chez les patients traités à l’insuline pendant de nombreuses années (taux de rémission de 50 à 60 %). En comparaison, les patients qui ont eu recours à une gastrectomie longitudinale ou à un pontage gastrique avaient moins de 20 % de chances de rémission. Ces résultats prouvent que choisir la bonne chirurgie pour le bon patient peut faire toute la différence sur l’évolution du diabète.

Dr Laurent Biertho, professeur clinicien en chirurgie à l’Université Laval, codirecteur de la chaire de recherche en chirurgie bariatrique et métabolique, Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec

L’équipe de recherche a également découvert de nouvelles informations sur les effets de l’obésité sur le cerveau. Il est reconnu que l’obésité accélère le vieillissement cérébral, vraisemblablement à cause de l’inflammation et de la mauvaise circulation sanguine. Pourtant, à la grande surprise des chercheurs, la chirurgie bariatrique semble freiner cet effet.

Quatre mois après l’opération, le cerveau des patients montrait des caractéristiques correspondant à leur âge, indiquant que le vieillissement prématuré associé à l’obésité peut être renversé. Cette découverte pointe vers le lien précédemment négligé entre la santé métabolique et la santé cérébrale.

Les chercheurs ont aussi fait une découverte importante en lien avec la santé intestinale. En effet, ils ont constaté que chez les personnes vivant avec l’obésité, des fragments de bactéries intestinales peuvent traverser la paroi intestinale et pénétrer dans le foie, la graisse corporelle et le sang. De surcroît, ils ont découvert que ce phénomène est de plus grande ampleur chez les personnes atteintes de diabète.

« Cela avait déjà été observé dans des modèles murins », explique le Dr Tchernof. « Cependant, nous étions les premiers à le démontrer chez l’humain et à publier des preuves que les fragments de bactéries s’échappant de l’intestin peuvent être détectés dans les tissus, ce qui contribue probablement aux maladies métaboliques associées à l’obésité. »

La confirmation de ce phénomène aide à comprendre pourquoi la chirurgie bariatrique peut rapidement réguler le diabète et ouvre la voie à de nouvelles approches de prévention et de traitement pour les troubles métaboliques.

Une quatrième découverte importante : la chirurgie bariatrique peut améliorer rapidement la façon dont le cœur gère les graisses. Chez les gens vivant avec l’obésité, le cœur en accumule trop, ce qui risque de nuire à sa fonction au fil du temps. Étonnamment, dans les 12 jours suivant l’opération, bien avant une perte de poids importante, l’absorption des graisses par le cœur revient à la normale. Au lieu de s’accumuler dans le cœur, la graisse alimentaire est redirigée vers la graisse corporelle, ce qui rétablit la capacité du corps à stocker de l’énergie en toute sécurité. Ces observations suggèrent que la chirurgie pourrait protéger le cœur et permettent de comprendre comment des améliorations métaboliques peuvent se produire si rapidement après l’opération.

En plus de générer des découvertes scientifiques, le financement de cette équipe par les IRSC a joué un rôle clé dans l’établissement de capacités de recherche. L’étude s’est avérée être un tremplin pour la carrière de cinq membres de cette équipe, qui sont devenus depuis des professeurs, et a permis de renforcer l’expertise du Canada en recherche sur le métabolisme et l’obésité.

En bref

L’enjeu

Au Canada, un adulte sur trois vit avec l’obésité, l’un des principaux facteurs de risque du diabète de type 2 et d’autres complications métaboliques. L’obésité est traitable. L’une des façons les plus efficaces est par la chirurgie bariatrique. Comprendre quel type de chirurgie bariatrique convient le mieux à quel patient est essentiel.

La recherche

Les travaux du Dr André Tchernof et du Dr Laurent Biertho ont démontré que la chirurgie bariatrique présente des avantages qui vont au-delà de la simple perte de poids. Les principales découvertes de leur équipe sont les suivantes : les avantages pour chaque patient dépendent fortement du type de chirurgie; de nombreuses complications métaboliques liées à l’obésité, incluant le diabète de type 2, sont réversibles; la chirurgie a des bienfaits pour divers organes vitaux, dont le cerveau et le cœur.

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