Moment historique pour la médecine génétique : une nouvelle voie à suivre dans le domaine des maladies rares
Des chercheurs canadiens du CHU Sainte-Justine utilisent une nouvelle technologie d’édition génique pour corriger une variation génétique potentiellement mortelle

L’équipe de recherche au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine. De gauche à droite : Dr Élie Haddad, M.D., Ph. D., clinicien-chercheur en immunologie pédiatrique, chercheur principal au CHU Sainte-Justine pour cet essai clinique; Dr Pierre Teira, directeur de la Division d’hématologie-oncologie au CHU Sainte-Justine; Cloé Martin, infirmière de recherche; Karine Léveillé, infirmière de recherche et responsable de l’essai au CHU Sainte-Justine.

Pour un adolescent de Vancouver atteint de granulomatose septique chronique (GSC), un simple rhume peut mettre sa vie en danger. La GSC est une maladie génétique rare qui affaiblit le système immunitaire et accroît la vulnérabilité à certaines infections potentiellement mortelles et inflammations graves. Pendant plusieurs années, le jeune homme a fréquemment été hospitalisé. La menace constante de la maladie planait sur sa tête, jusqu’à ce qu’une équipe de chercheurs canadiens lui permette d’entrevoir un avenir meilleur.

En février 2025, le Dr Élie Haddad et son équipe du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine ont participé à un essai clinique international, sous la direction de Prime Medicine, pour tester un tout nouveau traitement. L’essai portait sur une technologie novatrice d’édition génique, appelée « prime editing », pour corriger l’erreur génétique exacte causant la maladie du patient.

Contrairement aux autres formes d’édition génique qui coupent les brins d’ADN, cette nouvelle technologie permet plutôt de cibler avec précision et de remplacer le segment déficient. Le processus exigeait une grande coordination. L’équipe du CHU Sainte-Justine a d’abord prélevé des cellules souches sur le patient, puis elle les a envoyées au laboratoire de Prime Medicine. Les scientifiques du laboratoire ont ensuite réparé le code génétique des cellules, avant de les retourner à Montréal pour qu’elles soient réimplantées dans le corps du patient. Dix mois après le traitement, les résultats (en anglais seulement) confirment que le patient est en santé, que son état est stable et que son système immunitaire fonctionne.

« Dès le moment où nous avons vu les globules blancs modifiés commencer à agir normalement, nous avons su qu’il s’agissait d’un tournant décisif, non seulement pour le patient, mais aussi pour le domaine de la génétique, déclare le Dr Haddad. Il ne s’agit plus simplement de compenser un gène défectueux : nous le réparons à la source. »

Cette percée aurait été impossible sans l’aide des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Grâce à leur soutien financier à la recherche sur les maladies rares et l’innovation clinique, les IRSC ont contribué à mettre en place l’infrastructure essentielle et les réseaux de mobilisation des patients nécessaires pour que ce traitement passe du laboratoire à la pratique.

Le patient profitant joyeusement de la vie après le traitement.

« Les investissements des IRSC dans la recherche sur les maladies rares permettent aux chercheurs canadiens de participer à ce genre d’essais révolutionnaires, explique le Dr Haddad. Ils fournissent un cadre pour les normes de sécurité rigoureuses et la collaboration multidisciplinaire essentielles à l’application d’un concept scientifique complexe afin de sauver des vies. »

Les retombées de cette avancée sont particulièrement évidentes pour les personnes qui ont navigué dans les méandres du système de santé pendant plusieurs années. Marie-France Langlet, qui est une patiente partenaire du CHU Sainte-Justine depuis 13 ans et qui dirige le Bureau du partenariat patients-familles-soignants, considère cela comme la concrétisation d’un rêve de longue date.

« Ma participation à la stratégie en santé de précision du CHU Sainte-Justine me permet d’être témoin de la réalisation de certains de mes plus grands rêves pour les enfants et les familles qui vivent actuellement ce que nous avons vécu, mon fils et moi », confie Mme Langlet, dont le fils a subi une greffe de moelle osseuse pour traiter une leucémie en 2004. « La médecine de précision leur offre des traitements plus précis, plus sécuritaires, moins toxiques et beaucoup plus efficaces. Le fait de pouvoir assister à cette révolution dans les soins pédiatriques est un privilège incomparable! »

Malgré cette réussite historique, un grand obstacle vient saper les efforts déployés pour soigner un plus grand nombre d’enfants. Même si la science a prouvé l’efficacité du traitement, le processus habituel de mise au point de nouveaux traitements est souvent axé sur les maladies qui touchent un plus grand nombre de personnes. Cette situation met en lumière une difficulté fréquemment observée dans le domaine des soins de santé : même lorsqu’un traitement fonctionne, il est souvent plus difficile de le rendre accessible à long terme pour soigner les maladies rares.

« Nous entrons dans une ère où la collaboration entre le milieu universitaire et le secteur public est essentielle pour que ces traitements soient accessibles, selon le Dr Haddad. Comme il est souvent difficile de maintenir les investissements privés pour les maladies très rares, le moment est peut-être venu d’adopter un nouveau modèle, un modèle qui accorde une plus grande importance à la participation du secteur public pour s’assurer que les patients qui en ont besoin ont accès à ces traitements révolutionnaires. »

La prochaine étape pour l’équipe consiste à passer à l’édition génique in vivo. Même si le processus in vitro actuel est efficace, il demande beaucoup de travail et exige que les patients suivent une chimiothérapie pour préparer le corps à l’arrivée des cellules corrigées. Une technique in vivo implanterait la « trousse à outils » génétique directement dans le corps du patient grâce à une simple injection. Cette innovation simplifierait considérablement le processus, réduirait le recours à des interventions cliniques intensives et permettrait d’offrir le traitement dans un milieu clinique standard plutôt que dans des centres spécialisés.

Pour réaliser cette vision, le Dr Haddad insiste sur l’importance des cadres de financement à long terme et des processus d’évaluation spécialisés adaptés à la nature unique et novatrice de la thérapie génique. En participant aux travaux qui ont prouvé l’efficacité de cette nouvelle technologie en milieu clinique, les chercheurs canadiens ont préparé le terrain pour un avenir où il sera possible de traiter de nombreuses maladies génétiques rares.

La réussite du CHU Sainte-Justine est un symbole d’espoir et montre comment des partenariats internationaux peuvent améliorer le sort des enfants.

En bref

L’enjeu

Beaucoup de troubles génétiques rares sont causés par de simples erreurs dans l’ADN que les traitements traditionnels sont incapables de corriger, ce qui laisse les patients aux prises avec des symptômes pour le reste de leur vie.

La recherche

Au CHU Sainte-Justine, le Dr Élie Haddad a participé à la toute première application clinique à l’échelle internationale d’une technologie d’édition génique appelée « prime editing ». Il s’agit d’une thérapie génique très précise qui corrige les irrégularités directement dans les cellules souches du patient.

Le premier patient a été traité au CHU Sainte-Justine de Montréal et son système immunitaire est désormais fonctionnel. Cette percée démontre que la médecine de précision pourrait aider à guérir des milliers de maladies rares.

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