Rigueur et exemplarité dans la recherche sur la psilocybine

Au cours des dernières années, le Dr Joshua Rosenblat (en anglais seulement) a été aux premières loges de l’intérêt croissant porté aux effets thérapeutiques de la psilocybine. Avec à son actif cinq essais cliniques à divers stades d’achèvement et une impressionnante feuille de route en élaboration de politiques et en synthèse des connaissances, ce clinicien-chercheur du Réseau universitaire de santé (en anglais seulement) est aujourd’hui à l’avant-garde de ce domaine de recherche au Canada.
« Il y a eu tellement d’engouement pour ce sujet, même les gens qui ne s’intéressent habituellement pas à la science y prêtent attention », souligne-t-il.
« Les profanes veulent en savoir davantage sur les aspects scientifiques de la psilocybine, même ceux qui ne voudraient généralement pas entendre parler d’essais cliniques. »
Avant de s’intéresser lui-même à la psilocybine en 2020, le Dr Rosenblat explorait les effets thérapeutiques de la kétamine chez des patients atteints d’une grave dépression résistante au traitement. Beaucoup de patients ont obtenu de bons résultats, mais pour un trop grand nombre d’entre eux, c’était le statu quo.
« À l’époque, j’étais avant tout un psychiatre qui voulait aider ses patients qui avaient tout essayé. C’est ce qui m’a poussé à étudier la psilocybine », explique le Dr Rosenblat, qui assume aussi les fonctions de professeur à l’Université de Toronto.
« Après le début des essais, j’ai été témoin d’améliorations majeures dans la façon dont les participants pensaient et se sentaient par rapport à eux-mêmes et au monde qui les entourait. Ces résultats m’ont motivé à poursuivre le travail. »
Un catalyseur national de l’intérêt pour la recherche
Le premier essai clinique du Dr Rosenblat sur la psilocybine, terminé au début de 2024 (en anglais seulement), a permis d’explorer l’utilisation de doses variables et répétées de psilocybine combinées à la psychothérapie pour le traitement de problèmes complexes de santé mentale. Il s’agissait du premier essai au Canada initié par un chercheur (plutôt que parrainé par l’industrie) dans ce domaine.
Pouvant maintenant compter sur le financement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Dr Rosenblat poursuit sur sa lancée avec une étude sur le nombre optimal de doses de psilocybine pour le traitement de la dépression. Il s’agit de l’un des trois essais cliniques financés par les IRSC grâce à la possibilité de financement Psychothérapie combinée à la psilocybine contre les problèmes de santé mentale et les troubles liés à l’utilisation de substances.
« Si vous aviez présenté une demande de subvention liée à la psilocybine il y a cinq ans, vous en auriez probablement fait sourciller plus d’un, mais les choses ont radicalement changé. C’est incroyable de voir autant d’essais cliniques sur le sujet, et j’ai énormément de reconnaissance pour les IRSC, qui ont amorcé le mouvement dans notre pays. »
Du mentorat pour une norme plus stricte
Compte tenu de son expertise unique, le Dr Rosenblat est une importante ressource pour les autres qui cherchent à lancer des études sur la psilocybine.
« Des dizaines de chercheurs ont communiqué avec moi pour me dire qu’ils voulaient mettre sur pied un essai sur la psilocybine et me demander comment je faisais. Et je suis heureux de les aider », affirme-t-il.
Le Dr Rosenblat s’est alors retrouvé à aider ses collègues à atteindre une certaine norme d’excellence dans la conception d’essais cliniques, d’autant plus que le domaine de la recherche en psychothérapie est sur ses gardes depuis une décision rendue par la Food and Drug Administration des États-Unis en août 2024 : elle a rejeté la MDMA comme traitement psychiatrique (en anglais seulement) en raison de lacunes dans les méthodes d’essais. Pour les chercheurs qui étudient d’autres thérapies potentielles combinées aux drogues psychédéliques, cette décision a mis en lumière l’importance de méthodes rigoureuses et de haute qualité.
« Lorsque quelque chose semble révolutionnaire et suscite l’enthousiasme de tout le monde, la tentation est forte de faire des essais plus rapides qui pourraient être de moins bonne qualité. Nous devons toutefois appliquer à la psilocybine les mêmes normes que pour toute nouvelle intervention », explique le Dr Rosenblat.
Pour ce faire, il faut suivre quelques principes fondamentaux : des normes cohérentes, une mise en insu méticuleuse, des résultats primaires ciblés et un personnel bien formé. Ce dernier élément est essentiel, car la psilocybine n’est pas un sujet facile pour le premier essai clinique d’un chercheur ou d’une chercheuse.
« Les chercheurs qui souhaitent mettre sur pied ce genre d’essais devraient posséder une solide expérience de la réalisation d’essais cliniques dans d’autres domaines. Sinon, ils doivent embaucher quelqu’un qui en a une. »
L’équilibre entre l’exubérance et la retenue
Bien entendu, la possibilité d’un excès d’enthousiasme ne se limite pas au milieu de la recherche.
« Parfois, des gens insistent pour que j’agisse comme défenseur de la psilocybine. Les intervieweurs peuvent se montrer très enthousiastes et ils veulent que je dise des choses comme “c’est révolutionnaire” ou “cela va changer le monde”. J’adopte toutefois une approche plus prudente : il est encore tôt, nous devons faire beaucoup plus d’essais, et nous ne savons toujours pas tout sur l’innocuité d’un tel traitement. »
Le Dr Rosenblat prend également soin de modérer les attentes des patients.
« Les gens ont vu la série sur Netflix, ils ont lu le livre de Michael Pollan, et ils sont persuadés que c’est ce qui va les aider, ce qui crée parfois des difficultés. La psilocybine est souvent considérée comme une panacée, et il est important de mettre la pédale douce. »
Néanmoins, bien qu’il conseille généralement aux patients de commencer par une psychothérapie conventionnelle, le Dr Rosenblat ne perd pas de vue les résultats encourageants que donne la recherche axée sur la psilocybine. Les participants potentiels à l’essai clinique du chercheur y pensent eux aussi.
« Habituellement, pour les essais cliniques, il est difficile de trouver des gens intéressés, mais avec la psilocybine, ce sont eux qui prennent les devants. C’est merveilleux de voir autant d’appui pour un essai et de pouvoir offrir à quelqu’un l’intervention qu’il demande. »
Le Dr Rosenblat et son équipe recrutent activement jusqu’à 90 participants (certains dans le Réseau universitaire de santé, d’autres au Centre de toxicomanie et de santé mentale [CAMH]) pour un essai faisant appel à des thérapeutes formés à la méthode de Yale (en anglais seulement). L’équipe de recherche s’attend à ce que l’étude soit terminée en 2025, et elle espère que sa méthodologie exhaustive et rigoureuse permettra à la population canadienne de mieux comprendre cette nouvelle intervention.
Le Dr Rosenblat conclut : « Je crois en la science. Et c’est grâce à la science que nous pourrons déterminer si la psilocybine est utile. »
Pour suivre l’évolution de ces essais et en savoir plus sur les autres recherches semblables soutenues par l’Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies des IRSC, veuillez consulter la page Web Recherche sur les toxicomanies.
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