Déclaration du Dr Brian H. Rowe : Investir dans la recherche sur l’insuffisance cardiaque

L'insuffisance cardiaque est une maladie chronique évolutive et multifactorielle qui fait que le cœur est impuissant à pomper suffisamment de sang pour répondre aux besoins circulatoires et respiratoires de l'organisme. L'insuffisance cardiaque touche au moins 26 millions de personnes dans le monde, et elle a été diagnostiquée chez plus de 650 000 Canadiens de 40 ans et plus. Il importe de savoir qu'environ 90 000 nouveaux cas sont diagnostiqués au Canada chaque année, et que ce nombre risque d'augmenter après la pandémie de COVID‑19. Bien que l'insuffisance cardiaque soit plus fréquente chez les adultes, les cardiopathies congénitales et acquises chez les enfants sont aussi des causes d'insuffisance cardiaque, et la principale cause de transplantation chez cette population. Les personnes qui souffrent d'insuffisance cardiaque risquent environ six fois plus de mourir prématurément, tandis que les personnes vivant dans des communautés autochtones ou de couleur sont atteintes de façon disproportionnée. Si la prévalence et l'incidence de l'insuffisance cardiaque sont uniformément plus élevées chez les hommes que chez les femmes, de nouvelles données probantes sur les différences entre les sexes dans la présentation et la pathophysiologie de la maladie donnent à penser que l'écart n'est pas aussi marqué qu'on le pensait avant. Les insuffisants cardiaques consultent des soignants de première ligne, sont vus par des spécialistes et se présentent à l'urgence sur une base régulière, si bien qu'il n'est pas surprenant que les admissions et réadmissions à l'hôpital pour insuffisance cardiaque aiguë soient extrêmement fréquentes au Canada. Enfin, les coûts directs de l'insuffisance cardiaque se chiffrent à plus de 2,8 milliards de dollars par année [ PDF (8,2 Mo) - lien externe ].

L'autogestion de la santé dans un monde virtuel était le thème de la Semaine nationale de sensibilisation à l'insuffisance cardiaque cette année, pour montrer comment la prestation des soins pour l'insuffisance cardiaque avait changé durant la pandémie de COVID‑19. Non seulement les insuffisants cardiaques sont plus susceptibles d'être gravement malades ou de mourir s'ils contractent la COVID‑19, mais la pandémie a créé plusieurs obstacles à l'obtention de soins. Par exemple, la crainte d'exposition à la COVID‑19 a empêché certaines personnes atteintes d'insuffisance cardiaque de rechercher des soins en personne, ce qui a retardé ou perturbé la prise en charge de la maladie. La réduction des services de santé a entraîné une diminution du nombre d'examens et de procédures cardiaques effectués dans le monde entier. De plus, les mesures de santé publique nécessaires pour enrayer la propagation de la COVID‑19 ont isolé les patients de leurs amis, de leur famille ou d'autres personnes qui pouvaient les aider à gérer leur maladie. Les mesures de distanciation sociale en vigueur ont amené les fournisseurs de soins à opter pour des soins médicaux virtuels. L'efficacité et la sécurité de ces options de soins virtuels pour la prise en charge de l'insuffisance cardiaque comparativement aux consultations en personne (en clinique) restent à voir.

Pour combler le manque de connaissances sur l'insuffisance cardiaque et appuyer la mobilisation et la coordination des données probantes à ce sujet au Canada, notre institut collabore avec la Fondation des maladies du cœur et de l'AVC du Canada (Cœur + AVC) et d'autres partenaires à la Table ronde sur l'insuffisance cardiaque. Cette table ronde définira l'orientation des soins pour l'insuffisance cardiaque au Canada et aidera à déterminer les lacunes qui nécessitent un investissement dans la recherche. En outre, toujours en collaboration avec Cœur + AVC et d'autres partenaires, nous dirigeons un effort concerté pour financer un réseau de recherche sur l'insuffisance cardiaque. Ce réseau obtiendra la participation de patients, de personnes ayant une expérience vécue, d'aidants, d'aînés autochtones ou gardiens du savoirNote en bas de page 1, de représentants gouvernementaux, de responsables des politiques, d'organismes sans but lucratif, de professionnels de la santé et de représentants de l'industrie, aux côtés de chercheurs et de cliniciens, pour s'attaquer à cette maladie multifactorielle. Les objectifs de ce réseau interdisciplinaire national sont d'améliorer notre compréhension des causes sous‑jacentes, de la pathophysiologie et des déterminants sociaux de l'insuffisance cardiaque, de même que la prévention, le dépistage, la prise en charge, la qualité de vie et le sort des patients, et la prestation des soins de santé. Cette possibilité de financement a pu voir le jour grâce aux investissements et aux perspectives éclairés de Cœur + AVC et de nos instituts partenaires (IV, ISPS, IMII et ISA) aux IRSC. D'autres partenaires du réseau sont Mitacs et le National Heart, Lung, and Blood Institute des National Institutes of Health (en anglais seulement).

Au nom de l'équipe de l'ISCR, je tiens à remercier tous ceux et toutes celles qui travaillent sans relâche pour soutenir les personnes atteintes d'insuffisance cardiaque en ces temps difficiles. Je souhaite également remercier notre communauté de recherche pour ses contributions et son engagement à produire des données probantes et à mobiliser les connaissances pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes.

Portez-vous bien et gardez le contact!

Dr Brian H. Rowe

Directeur scientifique, Institut de la santé circulatoire et respiratoire des IRSC
Professeur, Université de l'Alberta

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