Déclaration du Dr Brian H. Rowe : L'importance de la recherche sur le sommeil

Nuits blanches au Canada ne deviendra peut-être pas le prochain film à succès, mais le sujet représente une préoccupation croissante en matière de santé pour les Canadiens et une occasion de réaliser des investissements utiles dans la recherche. Tout comme une bonne alimentation, une activité physique régulière et l'atténuation d'autres facteurs de risque connus pour la santé, le sommeil constitue un élément fondamental, quoique modifiable, d'un mode de vie sain. Nous vivons dans une société qui ne semble presque jamais s'arrêter, et il est de plus en plus difficile de maintenir une bonne hygiène du sommeil, car nous prenons rarement le temps de nous déconnecter complètement. De surcroît, comme bon nombre d'entre nous travaillent de la maison, pandémie oblige, la frontière entre vie professionnelle et personnelle se brouille, nuisant ainsi à la durée et à la qualité de notre sommeil. Le stress cumulatif, l'incertitude, les sacrifices personnels et l'isolement social engendrés par la pandémie ont creusé notre déficit de sommeil. D'ailleurs, la pandémie a mis en lumière le lien entre le manque de sommeil et les iniquités en santé aux différents stades de la vie, qui touchent certaines collectivités au Canada de façon disproportionnée (communautés autochtones, groupes de genre, groupes racialisés). En effet, la multiplication des problèmes sociaux et économiques menace la « sécurité du sommeil » : autrement dit, les conditions calmes, confortables, sécuritaires et sans violence qui favorisent un sommeil de durée et de qualité suffisantes ne sont pas accessibles à tous et toutes. La moitié environ des adultes canadiens ayant des difficultés à s'endormir ou à rester endormis, les troubles du sommeil constituent un problème de santé majeur au Canada.

Qui plus est, la nécessité d'un sommeil suffisamment reposant et de qualité est étroitement liée aux autres domaines relevant du mandat de notre institut : les soins intensifs, les accidents vasculaires cérébraux, la santé cardiovasculaire et respiratoire, et les vaisseaux sanguins. Par exemple, les patients aux soins intensifs peuvent faire face à une augmentation de leur manque de sommeil en raison des niveaux élevés de bruit et de lumière, des procédures thérapeutiques effractives, de l'inconfort et du stress. Les recherches portent à croire que les personnes qui se remettent d'un accident vasculaire cérébral peuvent éprouver une somnolence et une fatigue excessives, et que les troubles respiratoires du sommeil peuvent nuire à la régulation du rythme circadien. Le manque de sommeil a par ailleurs été associé à des décès prématurés et à des maladies chroniques, notamment les maladies cardiovasculaires, les maladies vasculaires cérébrales, le diabète, l'hypertension, les infections/sepsis et les cancers. On sait que le sommeil joue un rôle important dans le rendement physique et cognitif. La perte de sommeil et les troubles liés au sommeil ont été associés à une augmentation du nombre de collisions routières, d'accidents du travail et d'erreurs médicales, ainsi qu'à une baisse du rendement scolaire et de la présence et de la productivité au travail. Le manque de sommeil peut avoir des effets néfastes à toutes les étapes du cycle de la vie, et la privation de sommeil peut avoir des conséquences irréversibles sur la santé à long terme des enfants et des adolescents. Chez les personnes âgées, la variation des habitudes de sommeil peut exacerber les maladies chroniques, contribuer au déclin cognitif et à la démence, accroître le risque de chute et nuire aux activités de tous les jours. Enfin, les interventions visant à améliorer le sommeil sont courantes. Cependant, les preuves de leur efficacité font souvent défaut et la population canadienne a besoin de notre aide scientifique pour démêler le vrai du faux.

Le 19 mars, nous soulignons la Journée internationale du sommeil (en anglais seulement). Le thème de cette année, « Un sommeil régulier pour un avenir en santé », met en valeur l'importance du sommeil dans l'atteinte d'une qualité de vie optimale et l'amélioration de la santé dans son ensemble.

Depuis leur création, les IRSC ont investi plus de 234 millions de dollars dans la recherche sur le sommeil. Or, on estime qu'en 2020 (en anglais seulement), les conséquences économiques du manque de sommeil au Canada s'élevaient à 21,9 milliards de dollars, soit 1,38 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. En réponse au fardeau croissant que peuvent représenter les problèmes de sommeil dans notre vie quotidienne, l'ISCR des IRSC explore les collaborations qui pourraient créer des possibilités de qualité pour le milieu de la recherche sur le sommeil. Par exemple, neuf projets sur le sommeil ont été financés, à hauteur de 3,4 millions de dollars, dans le cadre des possibilités de financement de la recherche sur les mesures médicales contre la COVID‑19 en 2020. De plus, notre institut continue de renforcer ses relations avec la Société canadienne du sommeil (SCS). En 2019, la SCS et l'ISCR ont tous deux franchi des étapes importantes. La pandémie a toutefois mis en veilleuse une bonne partie des travaux de recherche en 2020-2021.

Ensemble, nos organisations ont décerné le premier prix de conférencier émérite en sciences du sommeil de l'ISCR des IRSC et de la SCS en reconnaissance de la contribution exceptionnelle d'une personne à l'avancement des sciences du sommeil au Canada. En collaboration avec divers intervenants dans le domaine du sommeil, l'ISCR des IRSC est d'ailleurs fier d'avoir parrainé la Journée des stagiaires en recherche et la Sleep Expo (en anglais seulement) qui se sont avérées des succès en matière d'inclusion et d'innovation lors du Congrès mondial sur le sommeil en septembre 2019. Enfin, dans le cadre de notre partenariat avec la SCS, nous avons lancé l'appel de mises en candidature pour le prix de conférencier émérite 2021 en sciences du sommeil, et nous collaborons à la mise sur pied d'un atelier de renforcement des capacités qui se tiendra lors de la conférence nationale virtuelle de la SCS, prévue du 28 au 30 octobre 2021. Il ne s'agit là que de quelques exemples d'activités de renforcement des capacités qui cadrent directement avec les priorités stratégiques actuelles de l'ISCR et les nouvelles priorités des IRSC.

Nous aimerions remercier tous les patients, soignants, chercheurs, professionnels de la santé et stagiaires dont les contributions ont fait progresser la science du sommeil. Ces partenaires aident les IRSC et l'ISCR à aborder les grandes questions scientifiques et à tirer parti des découvertes antérieures dans le domaine de la recherche sur le sommeil. C'est grâce à des investissements communs et à des collaborations de qualité que nous améliorerons le sommeil et le bien-être de la population au Canada et dans le monde.

Dormez bien!

Cordialement,

Dr Brian H. Rowe
Directeur scientifique, Institut de la santé circulatoire et respiratoire des IRSC
Professeur, Université de l'Alberta

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