Élaboration d’outils pour mesurer la conformité au nouveau Guide alimentaire canadien

Jeudi 12 mars 2020
Ottawa (Ontario)

Les Instituts de recherche en santé du Canada en collaboration avec Santé Canada

Objectifs

Santé Canada, dans le cadre de son travail préliminaire de conception d’outils pour mesurer la conformité au nouveau Guide alimentaire canadien (GAC), cherchait à engager un dialogue ouvert avec les chercheurs et les experts des politiques sur la façon d’améliorer ou d’adapter les versions préliminaires des outils de mesure de la conformité afin qu’ils soient pertinents et utiles pour divers utilisateurs.

La séance d’échanges Meilleurs Cerveaux (EMC) a permis aux participants l’occasion de se pencher sur les questions suivantes :

  1. Comment Santé Canada peut‑il améliorer les versions préliminaires de ses outils de mesure de la conformité au GAC dans la population canadienne?
  2. Quels partenariats et mécanismes pourraient faciliter la validation des outils de Santé Canada?
  3. Comment ces outils pourraient-ils être utilisés? Par qui?

Historique et contexte stratégique

En janvier 2019, Santé Canada a lancé le nouveau Guide alimentaire canadien (GAC), avec comme objectif de promouvoir une saine alimentation et le bien‑être nutritionnel général, tout en soutenant l’amélioration de l’environnement alimentaire canadien. Santé Canada a utilisé les meilleures données probantes disponibles pour appliquer les connaissances scientifiques sur les aliments, les nutriments et la santé sous forme de lignes directrices pour une saine alimentation qui sont à la fois pertinentes et utiles dans le contexte canadien. Ces lignes directrices fournissent des conseils sur les boissons et les aliments nutritifs qui sont à la base d’une saine alimentation, décrivent les types de boissons et d’aliments qui peuvent nuire à la santé lorsqu’ils sont consommés régulièrement, et soulignent l’importance des compétences alimentaires comme moyen pratique de favoriser une saine alimentation. Le nouveau GAC fournit des conseils non seulement sur les choix alimentaires sains (« quoi manger »), mais aussi sur les habitudes alimentaires (« comment manger »). Il y est aussi conseillé de manger en bonne compagnie et de savourer les aliments. S’il y a lieu, ces recommandations sur les habitudes (« comment manger ») seront prises en compte avec les choix alimentaires (« quoi manger ») pour évaluer la conformité au nouveau GAC dans la population canadienne.

Il est important d’évaluer la conformité au GAC d’une manière cohérente à l’aide d’outils pratiques et validés pour réduire le risque de résultats de recherche incohérents qui pourraient influer sur la prise de décision politique et entraîner des messages prêtant à confusion pour le public. Des adaptations de ces outils pourraient être explorées dans divers contextes avec différents groupes selon les étapes de la vie (p. ex. les enfants) et avec différents groupes culturels (p.ex. peuples autochtones).

Enseignements tirés de l’élaboration d’autres outils

Divers outils ont été conçus pour caractériser les saines habitudes alimentaires et la qualité du régime. En général, ils évaluent les quantités et les types d’aliments dans le régime par rapport à un ensemble de recommandations. La plupart de ces outils sont basés sur un système de points. Par exemple, le Healthy Eating Index (en anglais seulement) aux États-Unis aide à mesurer la concordance des habitudes alimentaires avec des directives nationales en matière d’alimentation sur une échelle de 0 à 100 points. En 2009, Didier Garriguet a réalisé une adaptation canadienne du Healthy Eating Index qui a servi à évaluer la conformité au GAC de 2007 (Garriguet 2009 (en anglais seulement)).

Plus récemment, le Fonds mondial de recherche contre le cancer et l’American Institute for Cancer Research ont élaboré un système normalisé de notation pour quantifier la conformité à leurs recommandations de 2018 concernant le risque de cancer et de mortalité chez les populations adultes (Shams-White et coll. 2019 (en anglais seulement)). Tous ces outils ont pour but d’évaluer la consommation d’aliments, généralement sur les plans de la quantité et de la qualité. À notre connaissance, un seul groupe de recherche, au Brésil, a créé une échelle multidimensionnelle auto‑administrée pour évaluer les pratiques ou comportements alimentaires sains conformément aux recommandations du guide alimentaire brésilien (24 éléments mesurés sur une échelle Likert à 4 points comme « tout à fait d’accord », « d’accord », « en désaccord » et « fortement en désaccord ») (Gabe et Jaime, 2019 (en anglais seulement)).

Puisque le Guide alimentaire canadien comprend des recommandations sur les choix alimentaires comme sur les habitudes alimentaires, un outil d’évaluation de la conformité à ses recommandations devrait comprendre des éléments permettant de mesurer ces deux dimensions.

Les outils préliminaires de Santé Canada

Pour aider à l’élaboration d’outils préliminaires de mesure de la conformité au GAC, Santé Canada a d’abord convenu de principes directeurs (p. ex. refléter les messages clés du GAC, évaluer séparément les habitudes alimentaires et les choix alimentaires), puis a procédé au dépouillement de la littérature pour trouver des outils de mesure semblables, et ensuite déterminé les principaux éléments du guide alimentaire à mesurer. Santé Canada a enfin créé deux outils préliminaires de mesure de la conformité, qui ont été présentés à l’occasion de l’EMC aux fins de discussion.

Résultats attendus

L’EMC aidera à sensibiliser le milieu des politiques et de la recherche à l’élaboration par Santé Canada d’outils de mesure de la conformité au nouveau GAC, à limiter les efforts en double et à encourager l’adoption des nouveaux outils. L’EMC facilitera des discussions ciblées avec des experts qui ont l’expérience de l’élaboration de divers outils de mesure de la conformité ainsi qu’avec ceux qui ont utilisé ces outils dans divers contextes. Santé Canada utilisera les expériences et les connaissances communiquées à l’EMC, ainsi que les liens qui y auront été noués, pour affiner et valider davantage les nouveaux outils.

Une fois les outils achevés, Santé Canada envisage de publier la démarche suivie pour les élaborer dans des revues évaluées par des pairs et sensibiliser les intervenants à leur disponibilité par des webinaires ou des conférences. Selon le type d’outil élaboré, on prévoit rendre les scores individuels accessibles comme variable dérivée dans le volet Nutrition de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2015. Les chercheurs pourront ainsi incorporer cette variable dans l’analyse de la surveillance en se servant de l’Enquête nationale sur la nutrition du Canada.

Résumés des présentations

La séance d’EMC a été animée par Elaine De Grandpré, gestionnaire, Application et échange des connaissances, Direction des aliments, Santé Canada.

Voici un résumé des données probantes issues de chaque présentation :

Présentation du Guide alimentaire canadien

Sylvie St-Pierre, gestionnaire, Unité de recherche et d’analyse des données, Bureau de la politique et de la promotion de la nutrition, Santé Canada

Dans cette présentation, on a décrit les diverses composantes du Guide alimentaire canadien (GAC) et on a donné un aperçu des nouveautés encore à venir. Dans l’ensemble, le GAC contient deux types de recommandations : les recommandations de type « quoi manger », qui visent à orienter les choix alimentaires, et les recommandations de type « comment manger », qui servent de conseils sur les habitudes alimentaires. Dans l’élaboration de la version préliminaire des outils de mesure, un certain nombre d’utilisateurs ont été désignés, chacun avec ses propres besoins et accès aux différentes ressources, ce qui a amené Santé Canada à proposer deux types d’outils pour évaluer la composante « quoi manger » du GAC.

Élaboration d’un outil de mesure de la conformité au Guide alimentaire canadien : approches et facteurs à prendre en considération

Sharon Kirkpatrick, professeure agrégée, École de santé publique et des systèmes de santé, Université de Waterloo

Le Guide alimentaire canadien (GAC) s’écarte des directives alimentaires antérieures par cette reconnaissance explicite : « Une alimentation saine, c’est bien plus que les aliments que vous consommez. Cela concerne tant la manière dont vous mangez, l’endroit et le moment où vous mangez, que la raison pour laquelle vous mangez » (Santé Canada, 2019). L’utilisation d’une assiette pour illustrer les habitudes alimentaires cadre avec la tendance internationale à mettre l’accent sur la proportionnalité. Cette approche holistique reconnaît la complexité des habitudes alimentaires tout en simplifiant les recommandations au public par l’abandon des cibles quantitatives. Dans les guides alimentaires précédents, l’examen du degré de conformité des habitudes alimentaires de la population se fondait principalement sur ce genre de cible quantitative, notamment par l’utilisation des données sur l’apport alimentaire pour estimer la proportion de personnes qui, dans les sous-groupes, suivaient (ou ne suivaient pas) les recommandations relatives aux groupes alimentaires. Les indices qui visent à capter simultanément plusieurs dimensions des directives alimentaires, comme le Healthy Eating Index (HEI) aux États‑Unis, ont aussi mis à profit les cibles quantitatives dans leurs approches de notation multidimensionnelle. Le HEI renseigne sur les composantes alimentaires à inclure dans un indice adapté au GAC et sur leur notation, ainsi que sur les moyens de s’assurer que les notes obtenues par l’application de l’indice aux données sur l’apport alimentaire fournissent de l’information utile sur la concordance avec les directives. Il est possible d’obtenir des renseignements sur les aspects contextuels de l’alimentation mis en évidence dans le GAC selon le type de données recueillies sur l’apport alimentaire, mais des approches novatrices s’imposeront peut-être. Il faudra évaluer rigoureusement tout indice et approche établie pour s’assurer que l’information obtenue est utile pour comprendre la conformité des différents sous-groupes d’intérêt au GAC.

L’approche suivie pour l’élaboration de l’échelle de mesure de la conformité aux recommandations alimentaires : enseignements tirés de l’échelle de mesure du Brésil

Maria Laura da Costa Louzada professeure adjointe, Département de nutrition, École de santé publique, Université de São Paulo (au nom de l’équipe du Centre d’études épidémiologiques sur la nutrition et la santé (NUPENS)

Les Lignes directrices alimentaires pour la population brésilienne intègrent les recommandations et les principes officiels en matière de saine alimentation pour cette population. Fondées sur un nouveau paradigme en matière de saine alimentation, ces lignes directrices renseignent sur ce qu’il faut manger en tenant compte des caractéristiques de la transformation industrielle des aliments, et organisent ces recommandations sous forme de repas savoureux et adaptés à la culture. En raison de ces innovations, la création d’outils pour surveiller le respect des recommandations dans la population représente un défi de taille. La conception et l’application de trois outils ont fait l’objet de discussions. Le premier outil prend la forme d’un questionnaire comprenant 24 éléments mesurés sur une échelle Likert à 4 points. Le questionnaire, dont le contenu, l’aspect et la structure ont été validés, englobe des questions sur les aliments à consommer, les façons de le faire et sur la planification et la préparation des repas. Le deuxième outil consiste en un bref questionnaire contenant des questions (oui/non) relatives à la consommation de 20 catégories d’aliments ultra-transformés au cours de la journée ayant précédé l’entrevue. Une analyse de validation préliminaire a révélé une bonne concordance entre les notes fournies par ce questionnaire et le pourcentage de calories provenant d’aliments ultra-transformés, estimé au moyen du rappel des 24 heures. Depuis 2018, ce questionnaire est intégré au système Vigitel du Brésil (surveillance des risques de MNT et des facteurs de protection par des entrevues téléphoniques). Le dernier outil décrit fait partie du Système national de surveillance des aliments et de la nutrition du Brésil (examen des personnes dans les services de santé de première ligne). Il s’agit d’un bref questionnaire contenant des questions (oui/non) relatives à la consommation de quatre catégories d’aliments ultra-transformés et de trois catégories d’aliments non transformés ou minimalement transformés, ainsi que deux questions sur les façons de s’alimenter.

Version préliminaire d’outils de mesure de la conformité au nouveau Guide alimentaire canadien

Lisa-Anne Elvidge Munene, conseillère en nutrition, Bureau de la politique et de la promotion de la nutrition, Santé Canada
Didier Brassard, analyste de recherche, Bureau de la politique et de la promotion de la nutrition, Santé Canada, et candidat au doctorat, Université Laval

Cette présentation a fourni un aperçu du travail de Santé Canada visant à concevoir des versions préliminaires des outils. Le premier outil de type « quoi manger » relie les principales recommandations du GAC aux composantes pouvant être évaluées dans le rappel des 24 heures, et s’adresse surtout aux chercheurs et aux universitaires. Santé Canada propose que le deuxième outil de type « quoi manger » prenne la forme d’un questionnaire basé sur les comportements ne nécessitant pas un rappel de 24 heures. Santé Canada suggère également d’évaluer l’aspect « comment manger » au moyen d’un questionnaire basé sur les comportements. Santé Canada sollicite les commentaires des experts pour l’aider à peaufiner et à améliorer ses outils proposés.

Lectures recommandées

  1. Gabe, K. T., et Jaime, P. C. (2019). « Development and testing of a scale to evaluate diet according to the recommendations of the Dietary Guidelines for the Brazilian Population”. Public health nutrition, vol. 22, no 5, p. 785-796. (En anglais seulement).
  2. Kirkpatrick, S. I., Baranowski, T., Subar, A. F., Tooze, J. A., et Frongillo, E. A. (2019). « Best Practices for Conducting and Interpreting Studies to Validate Self-Report Dietary Assessment Methods ». Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, vol. 119, no 11, p. 1801-1816. (En anglais seulement).
  3. Reedy, J., Lerman, J. L., Krebs-Smith, S. M., Kirkpatrick, S. I., Pannucci, T. E., Wilson, M. M., ... et Tooze, J. A. (2018). « Evaluation of the healthy eating index-2015 ». Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, vol. 118, no 9, p. 1622-1633. (En anglais seulement).

Références en ligne

  1. Santé Canada. (2019). Lignes directrices canadiennes en matière d’alimentation.
  2. Santé Canada. (2019). Lignes directrices canadiennes en matière d’alimentation - Annexe A : Recommandations en matière d’alimentation saine.
  3. Santé Canada. (2019). Guide alimentaire canadien.
  4. Santé Canada. (2019). Guide alimentaire en bref.
  5. Monteiro, C. A., Cannon, G., Moubarac, J. C., Martins, A. P. B., Martins, C. A., Garzillo, J., ... & Levy, R. B. (2015). « Dietary guidelines to nourish humanity and the planet in the twenty-first century. A blueprint from Brazil (en anglais seulement) ». Public Health Nutrition, vol. 18, no 13, p. 2311-2322...
  6. National Cancer Institute. Dietary Assessment Primer (en anglais seulement)..
  7. National Cancer Institute. Dietary Assessment Instrument Profiles (en anglais seulement).
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