Apaiser la crainte des aiguilles

Dre Anna Taddio

22 novembre 2019

Chaque année au Canada, la grippe entraîne plus de 12 000 hospitalisations et 3 500 décès. Si le vaccin antigrippal peut aider à prévenir la propagation du virus, nombreux sont ceux qui l’évitent par crainte des aiguilles.

La Dre Anna Taddio, chercheuse financée par les IRSC, professeure de pharmacologie à l’Université de Toronto et scientifique principale associée à l’Hôpital pour enfants de Toronto, explore des moyens d’apaiser cette crainte, notamment par son programme Help ELiminate Pain in Kids and Adults (HELPinKids&Adults).

« Les patients ne sont pas indifférents à la douleur, explique la Dre Taddio. Alors comment est-il possible de leur prodiguer des soins tout en respectant leurs souhaits et en apaisant leurs craintes? Une solution possible consiste à employer la technique CARD (comfort, ask relax, distract, ou communication, aise, réconfort, distraction) au moment de l’injection. »

Les patients peuvent communiquer et poser des questions au sujet de l’injection, demander à voir l’aiguille, par exemple. Pour aider les patients à se sentir à l’aise, l’infirmière peut les encourager à prendre de grandes respirations. En guise de réconfort, les patients peuvent demander à l’infirmière d’engourdir le point d’injection avant la vaccination pour soulager la douleur. Enfin, les patients peuvent se distraire en jouant à des jeux ou en faisant d’autres activités pendant l’administration du vaccin.

La technique CARD a été évaluée lors d’un essai clinique réalisé dans dix écoles de la région du Niagara. Les élèves de cinq écoles ont bénéficié du soutien psychologique assuré par cette technique, tandis que ceux des cinq autres écoles ont reçu le traitement habituel lors de la vaccination.

« Les enfants qui ont reçu du soutien psychologique étaient moins craintifs et ont eu moins d’étourdissements, fait remarquer la Dre Taddio. Ils ont également fait part d’une meilleure expérience de vaccination, ce qui les rendra moins craintifs à l’avenir. »

L’équipe de recherche qui a aidé la Dre Taddio à mettre au point la technique CARD était composée d’élèves, d’infirmières, d’éducateurs, de psychologues, de médecins, de responsables des politiques et de parents, dont Kate Robson. Cette dernière croit que CARD a aidé sa fille à surmonter sa peur des aiguilles, qui remontait au traitement reçu à l’unité néonatale de soins intensifs.

« Grâce à sa technique CARD, la Dre Taddio donne aux enfants l’occasion d’exprimer leurs inquiétudes et ainsi de jouer un rôle proactif dans leurs propres soins, explique Mme Robson. Je crois qu’il faudrait également l’inclure au traitement des patients adultes. »

Mme Robson souhaite que les responsables des politiques et les représentants du milieu des soins encouragent l’utilisation de CARD comme nouvelle pratique.

Kate Robson

« Il serait bien que les intervenants en santé publique et les représentants des ministères de la Santé, des associations de pharmaciens et d’autres organismes de santé d’envergure collaborent à la promotion de CARD, car cette technique permettrait de changer le traitement offert dans les établissements et aux patients », déclare-t-elle.

La technique CARD est maintenant appliquée comme outil d’immunisation dans des écoles de l’Ontario, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. La façon dont elle permet le décloisonnement et favorise la collaboration en recherche impressionne les responsables des politiques. Qui plus est, contrairement à d’autres innovations, la technique CARD ne comporte pas de matériel coûteux ni de nouveaux médicaments.

« CARD est un outil gratuit qui permet d’offrir de meilleurs soins et qui s’adapte à d’autres contextes, affirme la Dre Taddio. Par exemple, les enseignants s’intéressent maintenant à cette technique pour aider leurs élèves à supporter la douleur attribuable aux chutes, les dentistes estiment qu’elle serait utile aux patients qui craignent les soins dentaires, et les médecins et le personnel infirmier souhaitent l’utiliser pour atténuer la douleur chez les enfants dans les hôpitaux. Somme toute, CARD constitue une avancée majeure. »

Date de modification :