À micro ouvert avec Mike no 3 : La passion contagieuse de la Dre Marceline Côté

Dans cette édition de la série À micro ouvert avec Mike, le président des IRSC, le Dr Michael Strong, s’entretient avec la Dre Marceline Côté, chercheuse et professeure adjointe à l’Université d’Ottawa, qui étudie des virus, notamment le virus Ebola. Leur discussion porte sur l’origine de son intérêt pour la recherche, son parcours professionnel et ses travaux en cours.

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Transcription

Dr Michael Strong : Bienvenue à cette nouvelle édition de « À micro ouvert ». Le but de ces entrevues est de vous présenter des chercheurs de partout au pays aux horizons très variés, et de les laisser expliquer pourquoi ils sont devenus chercheurs et ce qu’ils entrevoient pour l’avenir de la recherche.

Aujourd’hui, c’est Marceline Côté qui se joint à nous au Morning Owl Café à Ottawa.

Bienvenue, Marceline. Merci beaucoup d’être avec nous aujourd’hui.

Comme je le disais plus tôt, nous sommes ici pour faire découvrir des chercheurs. Comment sont-ils arrivés là où ils sont aujourd’hui? Qu’est-ce qui les motive tous les matins à faire de la recherche? On donne en quelque sorte des conseils aux personnes qui voudraient elles aussi le faire.

Merci d’avoir accepté notre invitation.

Dre Marceline Côté : Merci à vous.

Dr Michael Strong : Parlez-nous un peu de vous et de vos débuts.

Dre Marceline Côté : J’ai fait mes études de premier cycle à l’Université de Sherbrooke en biochimie. C’est vraiment là que j’ai fait mes débuts en recherche, puisque j’étais dans un programme coop. J’ai fait un stage à Sherbrooke, durant lequel j’ai travaillé sur le cancer; c’était vraiment fascinant. J’ai beaucoup aimé cette expérience.

Dr Michael Strong : Comment ça s’est passé pour vous, ces tout premiers pas en recherche?

Dre Marceline Côté : C’était ma première année, le premier été de mes études de premier cycle. C’était super parce que je suis entrée dans le programme de biochimie sans connaître grand-chose de la recherche. Je ne savais pas ce que je voulais faire. J’ai simplement choisi ce domaine d’études parce que j’étais fascinée par la biologie et la chimie. Mais je ne pensais pas vraiment à faire carrière en recherche à cette époque, parce que j’ignorais ce que c’était. C’est le travail dans un laboratoire universitaire qui m’a réellement ouvert les yeux sur cette possibilité de carrière.

J’ai toujours été curieuse; je me suis toujours posé des questions sur différentes choses, dont la nature. Et là, j’avais l’occasion de répondre à certaines de ces questions par la recherche.

Ce fut vraiment une belle expérience. Comme j’ai fait le stage tôt dans mon cheminement universitaire, j’ai pu appliquer les connaissances acquises dans mes cours théoriques. C’était très gratifiant.

Dr Michael Strong : Vous avez dit avoir toujours été intéressée par les sciences, notamment par les plantes et la nature.

À quand remonte cet intérêt? Étiez-vous très jeune?

Dre Marceline Côté : Oui, j’étais toute petite. J’étais chanceuse parce que mes parents habitaient tout près d’une forêt. J’ai toujours aimé la forêt et la nature. Je marchais très souvent dans les bois et j’étais fascinée par la diversité des plantes et des insectes.

Dr Michael Strong : Avez-vous déjà attrapé des insectes pour les disséquer et les observer de plus près?

Dre Marceline Côté : Non… Ce n’est pas le genre de choses que j’aime faire.

J’aime les regarder; j’aime visiter des musées pour les observer. Déjà, enfant, j’étais impressionnée par la diversité et l’évolution.

C’est pour ça que j’ai toujours aimé les sciences. Je pense que tous les enfants sont comme ça; ils sont captivés par tout ce qui les entoure.

Dr Michael Strong : Est-ce que vous diriez qu’une personne en particulier vous a incitée à choisir la biochimie? Ou peut-être était-ce simplement inné?

Dre Marceline Côté : Je pense que c’était inné, et aussi que mes parents étaient très ouverts à tout ce que je désirais faire.

Mes parents ne sont pas scientifiques; ils travaillaient en finance. Mais ils ont toujours été ouverts d’esprit quant à nos projets d’avenir et à la poursuite de nos rêves et de nos intérêts.

Dr Michael Strong : OK.

Dre Marceline Côté : Donc, quand j’ai choisi la biochimie, ils m’ont dit « Bien sûr, tu adores ça! ».

Dr Michael Strong : OK, donc vous êtes passée de la biochimie à Ebola, puis vous avez travaillé en virologie? Et vous avez passé beaucoup de temps en postdoctorat?

Comment votre parcours s’est-il décidé?

Dre Marceline Côté : C’est intéressant, car je ne suis pas tout à fait certaine, en fait. Durant mon baccalauréat, j’ai fait trois stages en laboratoire : deux à Sherbrooke et un à l’Université de Lausanne, en Suisse, une très belle expérience. Dans mon premier stage à Sherbrooke, j’ai travaillé avec le Dr Alain Piché, un excellent mentor, et j’utilisais les virus comme outils.

Pour répondre à vos questions, on utilisait des vecteurs viraux pour exprimer certaines protéines. On étudiait des applications possibles en chimiothérapie.

C’est là que j’ai commencé à m’intéresser aux virus, parce qu’ils me semblaient vraiment puissants et que je voyais comment on pouvait les manipuler pour faire de grandes choses.

Durant mon stage en Suisse, j’essayais de comprendre le fonctionnement d’un virus précis. Je travaillais sur un rétrovirus de souris. Je suis ensuite devenue passionnée par la biologie même du virus.

Lorsque j’ai commencé mes études supérieures, que j’ai faites à l’Université McGill, j’ai travaillé un peu en immunologie. Finalement, j’ai rejoint un laboratoire qui travaillait sur des rétrovirus de mouton oncogènes.

Dr Michael Strong : « Oncogène », ça veut dire quoi? Qu’est-ce que ça fait?

Dre Marceline Côté : Oncogène, ça veut dire qui déclenche ou induit le cancer.

Dr Michael Strong : OK, je vois.

Dre Marceline Côté : Plus précisément, je travaillais sur le rétrovirus jaagsiekte du mouton, Que je ne peux même pas prononcer correctement! C’est un rétrovirus de mouton qui cause des tumeurs aux poumons.

En fait, la brebis Dolly, le premier mammifère à avoir été cloné, a dû être euthanasiée après avoir développé des tumeurs dues au rétrovirus jaagsiekte.

Dr Michael Strong : D’accord. On peut dire que vous étiez vraiment dans une bonne position à l’époque pour le choix de votre stage postdoctoral.

Les gens croient souvent que c’est une question de hasard. Mais ça n’a pas été le cas pour vous; vous avez vraiment réfléchi à ce que vous vouliez faire.

Dre Marceline Côté : Je vais expliquer comment ça s’est passé pour moi…

Dr Michael Strong : Oui.

Dre Marceline Côté : Mais ce n’est pas ce que je recommanderais nécessairement. Normalement, les gens envoient des courriels à différents laboratoires où ils aimeraient travailler, mais ce n’est pas ce que j’ai fait. J’ai envoyé un courriel à un seul laboratoire dont la recherche me parlait. C’était des travaux sur le virus Ebola; les chercheurs tentaient d’identifier le récepteur. Je le savais, et je pensais que les techniques et les essais que j’avais élaborés durant mon doctorat pourraient leur être utiles. Je croyais pouvoir vraiment contribuer à leur recherche. C’est pourquoi j’ai envoyé un courriel au Dr Jim Cunningham lui expliquant ma situation et mes travaux doctoraux, et je crois que je lui ai aussi envoyé certains de mes articles, ceux où j’étais première auteure. Je lui ai dit : « J’aimerais beaucoup vous rencontrer ». Il a répondu environ deux minutes plus tard.

Dr Michael Strong : C’est vrai?

Dre Marceline Côté : Absolument! Il a répondu très vite. Il a écrit : « Je connais vos travaux », et un mois plus tard, je m’envolais vers Boston pour le rencontrer et lui présenter ma recherche.

Dr Michael Strong : Y avait-il des atomes crochus entre vous? J’entends très souvent les histoires de chercheurs comme nous qui ont fait un postdoctorat. Certains ont fait plusieurs entrevues avant de se lancer. On le sait tout de suite quand on rencontre une personne avec qui on veut travailler.

Dre Marceline Côté : Je pense bien. Je ne dirais pas que j’ai été charmée, mais je me suis vraiment sentie inspirée sur le plan scientifique en discutant avec lui. Il voulait tester de nouvelles hypothèses et il avait une vue d’ensemble. À cette époque, comme doctorante, j’accordais tellement d’importance aux détails que j’en perdais parfois la perspective d’ensemble. En discutant avec lui, je me suis rendu compte que j’apprendrais beaucoup en travaillant à ses côtés, dans son laboratoire.

Dr Michael Strong : Et combien de temps avez-vous passé là-bas?

Dre Marceline Côté : J’ai travaillé là pendant quatre ans.

Dr Michael Strong : OK.

Dre Marceline Côté : Environ quatre ans, peut-être un peu moins.

Dr Michael Strong : Beaucoup de personnes avec qui je discute considèrent la période postdoctorale comme l’une des meilleures périodes de leur vie. Vous n’êtes pas encore surchargée par les demandes de subventions et vos tâches d’enseignement et de rayonnement, par exemple. Vous sortez d’un doctorat hyper stimulant, durant lequel vous avez publié continuellement. Puis, vous entrez dans une période de votre vie, une sorte de zone grise, durant laquelle vous pouvez innover.

Est-ce que ça s’est passé comme ça pour vous?

Dre Marceline Côté : Eh bien, j’ai adoré mes études supérieures.

Dr Michael Strong : OK.

Dre Marceline Côté : J’ai adoré ma formation postdoctorale, surtout sur le plan scientifique. Mais j’ai passé tellement de temps en laboratoire… Alors, je dirais que, vers la fin, j’ai commencé à profiter davantage de la ville de Boston.

J’ai peut-être un peu de regrets à cet égard. J’aurais peut-être dû sortir un peu plus durant mes études postdoctorales, mais je considère comme extraordinaire ma formation aux cycles supérieurs!

Dr Michael Strong : Pourquoi?

Parce que les jeunes que je rencontre et qui songent à poursuivre leurs études dans nos laboratoires pensent à la durée plutôt qu’à l’expérience comme telle. Ils me disent, « Oh! Peut-être que je pourrais faire une maîtrise avant pour me mettre dans le bain. Peut-être que je ferai un transfert en cours de route. C’est cinq années de ma vie ». Un étudiant m’a même déjà dit : « Quand j’aurai terminé, je serai vieux! »

Pourquoi avez-vous tant aimé votre expérience?

Dre Marceline Côté : Je crois que c’est l’environnement qui était stimulant. Je ne sais pas trop comment l’expliquer. J’avais d’excellents collègues étudiants; c’était vraiment magique. Je pense que nous étions, pour la plupart, vraiment motivés par ce que nous faisions.

Et je pense aussi que j’avais plus d’énergie, j’étais plus jeune. À l’époque, durant mon postdoctorat, j’étais tellement concentrée sur mon travail. J’ai tout de même aimé mon expérience. Scientifiquement, c’était incroyable, et j’ai rencontré des gens fantastiques.

Une des particularités de la ville de Boston est qu’elle regorge d’étudiants postdoctoraux talentueux. Il y a tellement de laboratoires qui accomplissent des choses extraordinaires.

Ils invitent des conférenciers qui donnent des présentations captivantes, avant même que l’information soit publiée dans Nature. L’aspect scientifique de mon expérience était vraiment enrichissant. Beaucoup de mes collègues de postdoctorat occupent maintenant des postes de professeur. On est collègues pour la vie. C’est la plus belle chose dans tout ça.

Je pense que les études aux cycles supérieurs vont un peu plus loin, vous comprenez?

Dr Michael Strong : Oui, je comprends exactement ce que vous voulez dire.

J’aimerais explorer deux questions davantage. Vous avez souligné à plusieurs reprises l’importance des mentors.

Dre Marceline Côté : Oui.

Dr Michael Strong : Les voyiez-vous comme des mentors à l’époque, ou les avez-vous seulement reconnus avec du recul?

Dre Marceline Côté : On veut souvent nous jumeler à des mentors pour nous aider dans notre carrière.

Je pense que ça nous aide jusqu’à un certain point. La plupart de ces personnes sont pour moi des conseillers à qui je peux parler et qui peuvent me donner leur avis. On développe une relation spéciale avec nos mentors, et c’est une relation qu’on doit entretenir.

Le Dr Shang Yu (prononciation) a été mon mentor tout au long de ma carrière.

Encore aujourd’hui, je crois qu’il a proposé ma candidature à des comités de l’American Society for Biology, par exemple. Il m’aide encore, il me donne des conseils sur la vie et la recherche.

Dr Michael Strong : Vous avez beaucoup voyagé : vous avez visité la Louisiane, Boston; vous avez commencé en biochimie, puis vous avez fait votre doctorat.

Y a-t-il eu un moment où vous vous êtes demandé : « Mais je vais où comme ça? »

Dre Marceline Côté : Non, pas vraiment. Je crois que je suis exactement là où je veux être.

Dr Michael Strong : Vraiment?

Dre Marceline Côté : Oui.

Dr Michael Strong : C’est très satisfaisant, n’est-ce pas?

Dre Marceline Côté : C’est vrai.

Dr Michael Strong : C’est génial, non?

Peu de gens peuvent en dire autant.

Dre Marceline Côté : Je me trouve vraiment chanceuse. C’est très difficile d’obtenir un poste de professeur, et je suis privilégiée d’avoir réussi. C’est très prenant, mais souvent, je n’ai même pas l’impression de travailler!

Dr Michael Strong : Quel projet vous motive le plus en ce moment dans votre laboratoire?

Dre Marceline Côté : Actuellement, nous tentons de comprendre comment les virus émergents s’introduisent dans la cellule. Je travaille toujours sur le virus Ebola et sur d’autres virus émergents, des coronavirus et des arenavirus. Nous tentons de découvrir comment les protéines cellulaires interviennent dans la voie d’entrée.

On n’étudie pas seulement les récepteurs, mais aussi les protéines responsables du transport des particules virales vers le récepteur. Dans le cas du virus Ebola, le récepteur se trouve dans les endosomes et les lysosomes.

Dr Michael Strong : Les endosomes et les lysosomes sont à l’intérieur de la cellule?

Dre Marceline Côté : Oui, exactement. Ils sont dans la cellule.

Dr Michael Strong : Et ils possèdent une membrane?

Dre Marceline Côté : Oui.

Dr Michael Strong : Et ils sont pris dans la cellule?

Dre Marceline Côté : Oui, donc ils doivent naviguer dans les endosomes et les lysosomes.

Dr Michael Strong : Ils ne font pas simplement qu’entrer dans la cellule?

Dre Marceline Côté : Oh non.

Dr Michael Strong : Tout ce que j’ai appris sur la virologie est faux?

Dre Marceline Côté : En fait, au fil de l’évolution, des voies de signalisation cellulaire ont été activées par des virus. Il y a de plus en plus d’articles publiés sur le sujet, et on a récemment parlé d’un complexe cellulaire qui participerait au transport du virus Ebola. On pense qu’il est activé à l’entrée.

Dr Michael Strong : Vous avez mentionné que le domaine des oncogènes est vaste et qu’il est beaucoup étudié. Quand je fais des présentations, on me pose des questions sur les virus. Je suis neurologue, pas virologue, mais mes travaux portent sur la neurodégénérescence. Nous utilisons des vecteurs viraux pour que des protéines modifiées se retrouvent dans un état dégénératif induit par la séquence.

Il y a alors toujours quelqu’un qui lève la main : « Mais voulez-vous dire que le cancer et les maladies neurodégénératives sont induits par des virus? »

Qu’est-ce que vous répondriez à ça?

Dre Marceline Côté : Les virus sont partout. Ils font partie de nous, de l’espèce humaine. Nous avons des séquences rétrovirales dans notre génome.

Dr Michael Strong : Il est donc normal d’avoir des virus en nous?

Dre Marceline Côté : Tout à fait. On baigne dans les virus en ce moment. La plupart ne nous infectent pas, mais certains le peuvent. L’inflammation que provoquent certains virus peut déclencher l’apparition de maladies humaines graves.

Dr Michael Strong : Revenons à un autre de vos commentaires pour boucler la boucle. Vous nous avez dit qu’avec du recul, vous auriez pu sortir plus à Boston durant votre postdoctorat. C’est un aspect très important pour apprendre à devenir un scientifique, non? Comment trouver un équilibre dans notre vie?

Pourtant, nous devrions alors être à l’apogée de notre carrière, soumettre d’excellentes demandes de subventions, publier des articles influents et enseigner. Comment trouver un équilibre?

Dre Marceline Côté : Je pense que c’est dynamique; ce n’est pas stable. Nous avons beaucoup de travail pendant certaines périodes et moins durant d’autres, ce qui nous permet de faire autre chose.

Je m’écoute et j’écoute ma famille, je crois.

Il faut être honnête…

Dr Michael Strong : Oui.

Dre Marceline Côté : … par rapport à ce qui se passe et à ce dont nous avons besoin.

Dr Michael Strong : Est-ce que les membres de votre famille aiment aussi les sciences? Comprennent-ils ce que vous faites?

Dre Marceline Côté : Oui, mon mari est aussi un scientifique.

Dr Michael Strong : OK.

Dre Marceline Côté : Il comprend : il a lui aussi des périodes très occupées. Durant ces moments-là, j’essaie d’aider davantage avec ma fille. Il fait la même chose lorsque je suis accaparée par les demandes de subvention et l’enseignement. Et mes parents habitent à deux heures de voiture.

Dr Michael Strong : OK.

Dre Marceline Côté : Donc, ce n’est pas si mal.

Dr Michael Strong : Quel âge a votre fille?

Dre Marceline Côté : Quatre ans.

Dr Michael Strong : Est-ce qu’elle vous pose déjà des questions sur les sciences?

Dre Marceline Côté : Oh oui, je lui ai montré des photos de cellules.

Elle a visité le labo une fois. Je lui ai montré des cellules.

Nous avons des vidéos de cellules qui attrapent des particules virales. Nous jouons aussi à un jeu à la maison : je suis une cellule et elle, un virus.

Dr Michael Strong : Ça l’air amusant!

Dre Marceline Côté : Oui.

Dr Michael Strong : Est-ce qu’elle vous demande parfois « Maman, est-ce que je pourrai faire ça un jour? »

Dre Marceline Côté : Non, pas encore.

Dr Michael Strong : Pas encore.

Et si je pense à votre famille, à vos parents, si elle choisit cette voie, tant mieux, et si non…

Dre Marceline Côté : Oui, exactement.

Dr Michael Strong : Ce n’est pas grave.

Dre Marceline Côté : On doit faire ce qu’on aime dans la vie, ce qui nous passionne. Elle choisira ce qu’elle veut.

Dr Michael Strong : Je pense connaître la réponse à cette question, mais si vous aviez à tout recommencer…?

Dre Marceline Côté : Je ne pense pas que je changerais quoi que ce soit. Peut-être certains détails, mais globalement, je ne changerais rien.

Je suis vraiment heureuse. J’aurais pu faire certaines choses différemment durant ma carrière, par exemple les subventions, les articles, mais de façon générale, je pense que je ne changerais rien.

J’ai vécu de très belles expériences. J’en ai eu de moins bonnes, mais je ne les effacerais pas parce qu’elles m’ont appris quelque chose d’important.

Dr Michael Strong : OK. Je vais maintenant vous poser l’une de mes questions préférées.

Dre Marceline Côté : OK.

Dr Michael Strong : Si vous pouviez remonter dans le temps et parler à une personne décédée depuis 100 ans, 1 000 ans ou 2 ans, ou parler à une personne toujours vivante, de qui s’agirait-il, et que voudriez-vous lui demander?

Dre Marceline Côté : Je n’aurai rien d’inspirant à dire ici.

Dr Michael Strong : Ça n’a pas besoin de l’être.

Dre Marceline Côté : Je ne sais pas à qui je parlerais. Est-ce que ça doit être un scientifique?

Dr Michael Strong : Non.

Dre Marceline Côté : Probablement ma tante, elle est décédée récemment, donc ce serait…

Dr Michael Strong : Une conversation personnelle?

Dre Marceline Côté : Oui.

Dr Michael Strong : Votre domaine, la virologie, évolue continuellement. Quelle est selon vous la plus importante découverte?

Dre Marceline Côté : Comme j’ai beaucoup travaillé sur les rétrovirus durant mes études de premier cycle et aux cycles supérieurs, je dirais que la transcriptase inverse est une découverte très importante. D’une part, pour la compréhension du fonctionnement des rétrovirus, mais aussi parce qu’elle a transformé la biologie en général.

Je dirais que c’est l’une des plus grandes découvertes du domaine.

Dr Michael Strong : Pensons à l’avenir. Quelle sera la plus grande découverte selon vous? La question à un million…

Dre Marceline Côté : Dans mon domaine, on travaille sur les filovirus et sur le virus Ebola, et on croyait que ces virus étaient principalement localisés en Afrique. Il y a une forme de virus Ebola aux Philippines. Mais on constate maintenant que la diversité et la distribution géographique de la famille des Filoviridæ sont beaucoup plus vastes qu’on pensait. On a découvert de nouveaux filovirus chez des chauves-souris en Chine et en Espagne, par exemple. On a trouvé des chauves-souris mortes dans une grotte qui étaient porteuses de séquences de filovirus. On sait maintenant que certains mammifères ont des séquences de filovirus dans leur génome.

Donc, il y a plusieurs découvertes…

Dr Michael Strong : Mais ces séquences ne vont pas causer des fièvres hémorragiques.

Dre Marceline Côté : Non, mais certaines protéines virales peuvent être exprimées. On les retrouve chez certaines souris. Peut-être que ça les aide, parce qu’elles peuvent être infectées, mais ne développent pas la maladie, par exemple.

Je crois qu’on va découvrir de nombreux virus. Surtout avec la grande puissance des techniques de séquençage d’aujourd’hui. Les virus géants sont incroyables; ils possèdent tellement de gènes, et on ne sait même pas ce qu’ils font.

Comme le Pandoravirus.

Yeah,

Dr Michael Strong : On dirait que vous avez encore du pain sur la planche.

Dre Marceline Côté : Oui, je pense qu’il y a beaucoup de découvertes à venir en virologie. C’est incroyable tout ce qu’on peut faire et découvrir avec la technologie qui évolue.

Dr Michael Strong : Marceline, ce fut un plaisir de discuter avec vous. Félicitations pour votre brillante carrière et pour les choix que vous avez faits.

Dre Marceline Côté : Je commence à peine.

Dr Michael Strong : Merci d’avoir été avec nous aujourd’hui.

Dre Marceline Côté : Merci beaucoup.

Dr Michael Strong : Pour le café, voilà!

Merci beaucoup.

Dre Marceline Côté : Merci.

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