Entrevue avec le Dr Hani El-Gabalawy, ancien directeur scientifique de l’IALA des IRSC

Les participants à la dernière réunion du conseil consultatif d’institut propre à l’IALA des IRSC tenue à Toronto en avril 2016 : (de gauche à droite) Elizabeth Robson, Alain Moreau, Joy MacDermid, Steve Robinovitch, Christine Mazur, Marc Pouliot, Debora Matthews, Nicole Szajcz-Keller, Hani El-Gabalawy, Monique Gignac, Michelina Violi, Marc Grynpas, Debbie Feldman et Rashmi Kothary

Le Dr Hani El-Gabalawy, rhumatologue de renommée mondiale, professeur de médecine et d’immunologie et clinicien-chercheur principal à l’Université du Manitoba, a occupé le poste de directeur scientifique de l’Institut de l’appareil locomoteur et de l’arthrite des Instituts de recherche en santé du Canada (IALA des IRSC) du mois d’avril 2013 au mois de juin 2017.

Il a établi des collaborations parmi les chercheurs et les cliniciens afin d’améliorer la santé et le bien-être des personnes atteintes de diverses maladies associées à l’Institut (comme la polyarthrite rhumatoïde, la fibromyalgie, la douleur et la fatigue chroniques et l’arthrite juvénile). Parmi ces collaborations, notons celles avec les National Institutes of Health aux États-Unis, avec la James Lind Alliance au Royaume-Uni et avec ZonMw et Reumafonds aux Pays-Bas.

Avant son départ, le Dr El-Gabalawy a pris quelques instants pour nous accorder une entrevue audio afin de mettre en lumière certaines de ses autres réalisations à titre de directeur scientifique de l’Institut de l’appareil locomoteur et de l’arthrite des IRSC. Nous le remercions pour ses contributions à la santé des Canadiens. Nous lui souhaitons tout le succès possible dans la suite de sa carrière, alors qu’il continuera de mener des activités de recherche en santé autochtone et d’enseigner à la prochaine génération d’étudiants en rhumatologie, à l’Université du Manitoba.

Entrevue avec le Dr Hani El-Gabalawy (en anglais seulement)

Transcript

Le mandat de quatre ans du Dr Hani El-Gabalawy à titre de directeur scientifique de l’Institut de l’appareil locomoteur et de l’arthrite des IRSC a pris fin le 30 juin. Avant son départ, nous avons eu le plaisir de discuter avec lui du remarquable leadership dont il a fait preuve au cours de son passage aux IRSC. Merci d’être avec nous aujourd’hui!

Hani : Merci beaucoup à vous. J’apprécie grandement que vous me donniez l’occasion de souligner comment nous avons abordé les domaines prioritaires pour l’Institut.

  1. Au début de votre mandant à titre de directeur scientifique, vous avez ciblé trois priorités stratégiques de recherche pour l’Institut. L’une de celles-ci est la douleur et la fatigue chroniques. Quels ont été vos secteurs d’intérêt particuliers dans ce domaine?

    Hani : La douleur et la fatigue chroniques représentent bien entendu un domaine complexe parce qu’il compte un grand nombre de troubles de différentes natures. Notre objectif était de tenter de mettre en place de meilleures approches pour gérer ces problèmes cliniques difficiles. Et, pour atteindre cet objectif, nous avons mis sur pied un comité directeur composé de directeurs scientifiques provenant de l’Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies, de l’Institut de la santé des femmes et des hommes, de l’Institut sur le cancer et, bien entendu, de l’Institut de l’appareil locomoteur et de l’arthrite, notre propre institut. D’autres personnes se sont jointes à nous, notamment nos collègues des États-Unis (NIH), ainsi que d’autres collègues du Royaume-Uni et de l’Europe. Nous avons analysé la situation pour tenter de déterminer sur quel élément la stratégie de recherche du Canada sur la douleur devrait porter. Et, suivant cette analyse, nous sommes maintenant à élaborer une initiative qui, nous le souhaitons, permettra de combler le « premier fossé », c’est-à-dire celui qui existe entre la recherche fondamentale et le début de la pratique clinique. Nous estimons que d’immenses progrès ont été réalisés au Canada, plus particulièrement concernant la compréhension de base de la douleur : le processus menant à la douleur, les cellules touchées et les voies métaboliques concernées. Cependant, nous n’avons pas encore vu d’avancées thérapeutiques fondées sur cette compréhension. Nous sommes d’avis que ce domaine est très important. En ce moment, nous allons de l’avant en tentant de concevoir et de mettre en place une initiative dans ce domaine. Je dois cependant mentionner que présentement, la Stratégie de recherche axée sur le patient (ou SRAP) a lancé un appel pour la mise en place de réseaux sur les maladies chroniques. Et nous sommes très chanceux que l’un des cinq réseaux que nous avons financés était en fait un réseau sur la douleur chronique. Par conséquent, dans le cadre de nos discussions sur la douleur et la recherche dans ce domaine, nous devions nous engager activement dans les activités de ce nouveau réseau – particulièrement dans le leadership de ce dernier – pour s’assurer qu’il existe une synergie concernant le financement déjà accordé aux réseaux et qu’il n’y aura pas un dédoublement de ce financement pour l’initiative que nous sommes en train d’élaborer. Nous étions d’avis que ce domaine était également très important pour l’engagement des patients. Nous avons aussi entrepris un exercice axé sur l’un des domaines de la douleur chronique, soit la fibromyalgie. Ensuite, le troisième domaine que nous avons abordé est la fatigue chronique. Nous avons réalisé assez rapidement au cours de mon mandat que le syndrome de fatigue chronique est différent des autres formes de douleurs chroniques. Et il existe présentement un grand nombre d’activités de recherche sur la scène internationale visant à comprendre cette affection très incapacitante. Je suis certainement heureux de ce que nous avons accompli au cours des quatre à cinq dernières années.

  2. Sous votre gouverne, une autre priorité stratégique de recherche a été l’inflammation et la réparation des tissus. Comment avez-vous relevé ce défi?

    Hani : Ce secteur de recherche a nécessité l’engagement de personnes brillantes dans les domaines de l’inflammation, de l’auto-immunité, de la guérison des blessures, etc. Nous avons connu deux réalisations importantes dans ce domaine de recherche prioritaire. La première a été une initiative phare multi-instituts portant sur l’inflammation et les maladies chroniques. Cette initiative a été mise en place afin de financer neuf équipes, à hauteur de 2,5 millions de dollars sur cinq ans, pour réaliser certains projets associés aux mécanismes de base de l’inflammation en cause dans au moins deux affections inflammatoires chroniques. Cette démarche a permis de conjuguer les efforts de chercheurs provenant de domaines liés aux maladies inflammatoires afin de trouver des voies communes et des mécanismes communs. Le deuxième élément que nous avons ciblé plus particulièrement avec notre financement est l’établissement d’un réseau entre le Canada et les Pays-Bas de médecine personnalisée sur les maladies inflammatoires à médiation immunitaire d’ordre musculosquelettique. À titre de rhumatologue, ce domaine me tient vraiment à cœur. Et il cible des maladies comme la polyarthrite rhumatoïde (adulte et juvénile), le lupus, la sclérodermie, la vascularite et un large éventail de maladies très dommageables et évolutives pour lesquelles nous avons fait d’énormes progrès dans notre capacité à les traiter. De fait, je suis très fier d’avoir pu contribuer à faire progresser les recherches dans ces deux domaines.

  3. La troisième priorité stratégique de recherche pour l’Institut était l’incapacité, la mobilité et la santé. Pendant votre mandat, quelles ont été certaines des réalisations importantes dans ce secteur?

    Hani : Dans ce secteur, il existe de nombreux besoins et de nombreuses lacunes à combler. Et nous avons tenté d’aborder ces problèmes de diverses façons. Le premier domaine concerne les populations vulnérables en ce qui a trait à la santé musculosquelettique et buccodentaire. Nous avons lancé des initiatives visant les populations autochtones, plus particulièrement concernant la santé buccodentaire. Nous avons été un partenaire important dans le cadre de l’initiative phare « Voies de l’équité en santé pour les Autochtones », plus particulièrement en matière de santé buccodentaire. Nous avons le sentiment qu’à titre de populations, les peuples autochtones ont été plus particulièrement affectés par les disparités en santé pour ce qui est de l’accès à la santé buccodentaire. Ainsi, nous avons vraiment concentré nos efforts dans ce domaine. Nous avons également fait porter nos actions sur la santé et la productivité au travail, sur les façons de faciliter l’intégration des personnes handicapées dans le milieu de travail et sur l’élaboration de stratégies de recherche pour réaliser cet objectif.

  4. Que prévoyez-vous faire maintenant?

    Hani : Je prévois retourner à mon propre programme de recherche qui porte sur les stades précoces de la polyarthrite rhumatoïde au sein des populations autochtones à risque élevé de développer des maladies comme la polyarthrite rhumatoïde et le lupus. Nous étudions cette question depuis plus de dix ans maintenant et nous avons établi une cohorte de sujets qui sont à risque de développer la polyarthrite rhumatoïde. Notre objectif ultime consiste à trouver des moyens de prévenir cette maladie. Et, vous savez, nous sommes vraiment tout près de pouvoir faire un grand pas vers cet objectif en utilisant diverses approches.

Hani prend la parole à la Conférence sur la recherche canadienne dans le domaine de la douleur (septembre 2016)
Hani parle des dix principales priorités de la recherche sur la fibromyalgie chez l’adulte à l’atelier du Partenariat d’établissement des priorités pour la fibromyalgie chez l’adulte de la James Lind Alliance qui a eu lieu à Montréal en mai 2016
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