Aider les jeunes LGBTQ2 par la recherche

Dre Elizabeth Saewyc
Université de la Colombie-Britannique
Stigma and Resilience among Vulnerable Youth Centre
McCreary Centre Society

Photo offerte par le Stigma and Resilience among Vulnerable Youth Centre à l’École des sciences infirmières de l’Université de la Colombie-Britannique.

Des chercheurs financés par les IRSC s’assurent que leurs travaux aident à améliorer la vie des jeunes LGBTQ2 partout au Canada

5 janvier 2017

Que signifie l’expression « jeunes LGBTQ2 »?

Les jeunes LGBTQ2, également appelés jeunes de minorités sexuelles ou de diverses identités de genre, sont des jeunes dont l’identité sexuelle n’est pas cisgenre (personne dont l’identité de genre correspond à son sexe biologique) ou dont l’orientation sexuelle n’est pas hétérosexuelle (personne qui éprouve une attirance pour des personnes du sexe opposé). LGBTQ2 est un acronyme représentant quelques-unes des orientations ou des identités bien connues dans ce groupe, y compris :

  • Lesbienne : personne de genre féminin qui éprouve une attirance pour des personnes du même genre.
  • Gai : personne de genre masculin qui éprouve une attirance pour des personnes du même genre.
  • Bisexuel ou bisexuelle: personne qui éprouve une attirance pour des personnes des deux genres.
  • Transgenre : terme générique qui désigne une personne qui s’identifie à un genre différent de celui qui lui a été attribué à la naissance.
  • Queer (allosexuel ou allosexuelle) : terme générique qui désigne des minorités sexuelles regroupant d’autres étiquettes comme la pansexualité.
  • Bispirituel ou bispirituelle : terme autochtone désignant des personnes ayant en elles un esprit à la fois masculin et féminin.

Il existe également un certain nombre d’identités de genre et d’orientations sexuelles autres dans le spectre LGBTQ2, notamment les asexuels (aucune attirance sexuelle envers quiconque), les pansexuels (attirance envers des personnes sans égard à leur genre), les non-conformistes de genre (personnes qui ne s’identifient ni comme homme ni comme femme exclusivement) et les personnes en questionnement (c.‑à‑d. qui se questionnent sur leur identité de genre, leur identité de sexe ou leur orientation sexuelle parce qu’elles sont ambivalentes, toujours en exploration ou n’aiment pas être étiquetées pour diverses raisons).

Source : OK2BME

De nombreux jeunes de minorités sexuelles et de diverses identités de genre sont victimes de préjugés, d’intolérance et de violence au quotidien. En tant que membres d’un groupe minoritaire, ils sont confrontés à de multiples formes de discrimination qui touchent de nombreuses facettes de leur vie, par exemple un accès réduit aux services de santé, un risque accru d’itinérance et un risque élevé d’intimidation et d’agression physique. En raison de ces inégalités, nombre de ces jeunes LGBTQ2 sont davantage exposés à des problèmes de santé mentale, de toxicomanie, de grossesse précoce et d’infections transmissibles sexuellement (ITS).

Les inégalités auxquelles les jeunes LGBTQ2 font face sur le plan de la santé sont un problème de taille, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde. Des chercheurs financés par les IRSC réalisent de la recherche utile dans le but de mieux comprendre et d’aplanir ces inégalités. La Dre Elizabeth Saewyc est du nombre de ces chercheurs. Elle se joint à nous pour discuter du travail que font ses équipes au Stigma and Resilience for Vulnerable Youth Centre et à la McCreary Centre Society pour aider les jeunes de minorités sexuelles et de diverses identités de genre.

Audio – entrevue avec la Dre Elizabeth Saewyc (en anglais seulement)

Transcription

M. David Coulombe : Ici David Coulombe pour les nouvelles La recherche en santé à l’œuvre des IRSC. Les jeunes de minorité sexuelle font face à des défis et à des obstacles uniques qui découlent des préjugés de la société. La stigmatisation, la discrimination et la violence sont des menaces constantes dans leur vie de tous les jours.

La Dre Elizabeth Saewyc, directrice administrative du Stigma and Resilience Among Vulnerable Youth Centre et directrice de la recherche à la McCreary Centre Society, se joint à nous aujourd’hui pour parler de sa recherche sur l’incidence de la stigmatisation sur les jeunes LGBTQ et de la manière dont son équipe et elle travaillent à aider ces jeunes.

Dre Saewyc, bienvenue à cette entrevue.

Dre Elizabeth Saewyc : Bonjour.

M. David Coulombe : Commençons par vous poser une première question. Les minorités sexuelles font-elles face à plusieurs défis?

Dre Elizabeth Saewyc : Oui. Au fil des ans, notre recherche a démontré qu’à l’adolescence, les jeunes lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, queers et en questionnement connaissent ce que j’appelle des inégalités en matière de santé, c’est-à-dire qu’ils sont plus susceptibles de déclarer ne pas obtenir les soins de santé dont ils ont besoin, de souffrir de dépression, d’avoir des pensées suicidaires, de commettre des tentatives de suicide et d’adopter différentes habitudes nuisibles pour leur santé, comme des relations sexuelles non protégées et l’usage de tabac, d’alcool et de drogues. Ils présentent même un risque élevé de concevoir un enfant à l’adolescence. Une grande partie de la recherche effectuée au cours des années a aussi révélé que les taux élevés d’inégalités en matière de santé sont liés au fait d’être victime de violence.

M. David Coulombe : Pourrions-nous affirmer qu’ils risquent davantage de souffrir de troubles mentaux?

Dre Elizabeth Saewyc : Oui. Encore une fois, cela s’explique principalement par la combinaison de risques auxquels ils sont particulièrement exposés. De fait, ils sont plus susceptibles de subir de la violence physique et sexuelle, de l’intimidation à l’école et de la violence dans leur communauté à cause de leur orientation ou de leur identité sexuelle. Ils sont pris pour cibles en raison de la discrimination et de la stigmatisation dont ils sont victimes.

D’un autre côté, des jeunes hétérosexuels subissent aussi les mêmes traitements parce que les gens croient qu’ils sont homosexuels. Ils sont donc victimes des mêmes actes d’intimidation.

Ce que nous savons, c’est que les jeunes qui sont confrontés à l’intimidation ou à la discrimination ont davantage de problèmes de santé, particulièrement de santé mentale, à cause de cette stigmatisation et de cette discrimination.

M. David Coulombe : En tant que chercheuse financée par les IRSC, comment vous ou les membres de votre équipe pouvez les aider?

Dre Elizabeth Saewyc : D’une part, la recherche que nous menons nous aide à documenter ces inégalités en matière de santé et à éveiller les esprits en disant : « Hé! Ce problème existe et ces jeunes éprouvent des difficultés parce qu’ils ne sont pas acceptés par la société. » D’autre part, elle nous permet de déterminer les forces sociales qui favorisent la résilience. Par exemple, nous savons que ce ne sont pas tous les adolescents et adolescentes lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres et queers qui ont des problèmes de santé. Aussi, savoir en quoi ceux qui se portent bien sont différents nous aide à orienter nos interventions.

Une partie de notre recherche était d’ailleurs tournée vers les politiques, les programmes et les mesures que peuvent adopter les écoles, par exemple, pour améliorer la situation. Certaines recherches que nous avons menées en Colombie-Britannique montrent que dans les écoles où des politiques d’intégration visant à soutenir les jeunes LGBTQ en milieu scolaire et à contrer l’intimidation sont en place, les jeunes réussissent mieux et sont beaucoup moins susceptibles d’avoir des pensées suicidaires ou de tenter de se suicider.

De même, en présence d’une alliance gais-hétérosexuels ou d’une alliance des genres et de la sexualité dans les écoles, les jeunes LGBTQ comme les jeunes hétérosexuels sont moins susceptibles de consommer des drogues ou de l’alcool en excès, d’entretenir des pensées suicidaires et d’être victimes de discrimination.

M. David Coulombe : Une dernière question Dre Saewyc. Quel message voudriez-vous transmettre à ces jeunes, à leurs amis ou même à leurs parents?

Dre Elizabeth Saewyc : Je leur dirais qu’au Canada, la Loi sur les droits de la personne aborde spécifiquement la discrimination et que, d’après cette Loi, on ne devrait pas faire l’objet de discrimination en raison de son orientation sexuelle. Il est d’ailleurs prévu d’ajouter l’expression et l’identité sexuelles à la Loi. Il est donc important de travailler avec les écoles et la communauté dans son ensemble afin de favoriser non seulement l’acceptation, mais également l’intégration des jeunes LGBTQ dans la société en général. L’intimidation, la violence et la discrimination ne sont pas acceptables et elles ont des conséquences sur la santé.

Aux parents, je dirais qu’il est vraiment important de montrer à vos jeunes à quel point vous les aimez et tenez à eux. Si vous avez du mal à comprendre ce qu’ils vivent, Parents and Friends of Lesbians and Gays (PFLAG) est une association de parents et d’autres adultes soucieux du bien-être des membres de la communauté LGBTQ qui peut vous aider à trouver de meilleurs moyens pour soutenir votre adolescent.

M. David Coulombe : Très intéressant. Merci beaucoup, Dre Saewyc.

Dre Elizabeth Saewyc : Je vous en prie.

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