Responsabiliser les patients, faciliter de meilleurs soins

Les IRSC appuient l’élaboration de solutions de cybersanté pour combler les lacunes dans les soins

3 mars 2016

La première chose qui vient à l'esprit de la plupart des gens qui entendent le terme « cybersanté » ce sont les dossiers médicaux électroniques (DME). S'il est vrai que les DME appartiennent au domaine passionnant de la cybersanté, celui-ci englobe un large éventail de services de santé de même que les renseignements transmis ou enrichis par le truchement d'Internet et des technologies connexes.

Songez aux possibilités. Qu'arriverait-il si une application fondée sur des données probantes pour téléphone intelligent pouvait aider des jeunes à faire face à l'anxiété ou à la dépression? Des groupes de soutien virtuels pourraient-ils aider des patients à mieux gérer une maladie cardiovasculaire ou le diabète? Et si les médecins et les infirmières pouvaient employer des technologies de télésurveillance pour garder les personnes âgées en bonne santé à la maison?

La Dre Robyn Tamblyn, directrice scientifique de l'Institut des Services et politiques de santé, parle de cybersanté au Canada et de ce que cela pourrait signifier pour les patients.


Dre Robyn Tamblyn
Directrice scientifique, Institut des Services et des politiques de santé des IRSC

Pour le Programme de partenariats pour l'innovation en cybersanté (PPIC), les IRSC a travaillé avec le Conseil national de recherches — le Programme d'aide à la recherche industrielle (PARI-CNRC) pour susciter la collaboration entre des chercheurs et des entreprises de technologie canadiennes. En rapprochant le milieu universitaire et l'industrie, le PPIC fait en sorte que des innovations en cybersanté soient développées conjointement, testées avec des personnes qui en auront besoin et évaluées sur le plan des coûts et de l'efficacité. Ces équipes cibleront plus précisément la détection et l'intervention précoces chez les jeunes et les adolescents (les 11-25 ans) souffrant de troubles de santé mentale, ou le soutien aux personnes âgées nécessitant ayant des besoins complexes en matière de soins à la maison. Sur ces deux axes d'intervention, 22 projets ont été financés au total.

Audio – entrevue avec la Dre Robyn Tamblyn (en anglais seulement)

Transcription

M. David Coulombe : Ici David Coulombe, avec des nouvelles sur la Recherche en santé à l'œuvre aux IRSC. L'innovation est partout autour de nous dans notre vie quotidienne. Mais qu'en est-il de l'innovation dans la recherche en santé? Nous parlerons de certaines des complexités que pose l'intégration dans le système de soins de technologies de la santé novatrices. Mon invitée aujourd'hui est la Dre Robyn Tamblyn, directrice scientifique de l'Institut des Services et des politiques de santé. Dre Tamblyn, bienvenue à l'entrevue.

Dre Robyn Tamblyn : Merci beaucoup David. C'est un plaisir d'être ici.

M. David Coulombe : Alors, dites-nous, en termes de nouvelles technologies, où en sommes-nous dans le système de santé?

Dre Robyn Tamblyn : Un domaine où il y a eu une croissance appréciable est celui de la cybersanté. Il s'agit des technologies qui facilitent la prestation des soins de santé au moyen de diverses technologies de l'information. Au Canada, nous accusons un certain retard dans le domaine de la cybersanté, et ce n'est que récemment que nous avons pu mettre en place l'Inforoute Santé, financée conjointement avec les provinces – essentiellement des dossiers médicaux électroniques – et dans un nombre restreint d'endroits, des dossiers de santé personnels auxquels les patients peuvent avoir accès pour consulter leurs propres renseignements en ligne.

M. David Coulombe : Peut-être pouvons-nous parler des obstacles ? Existe-t-il des obstacles?

Dre Robyn Tamblyn : Il y a un certain nombre d'obstacles au Canada qui ne se posent pas de façon aussi manifeste disons, chez notre voisin du Sud, les États-Unis. Ainsi, un domaine clé où je pense que ce que nous devons faire pour y remédier est de mettre en lien les gens qui sont des innovateurs – ceux qui, effectivement, développent des technologies qui pourraient être utilisées dans la prestation des soins de santé, ou adaptées à cette fin – et les gens qui évoluent dans le secteur de la santé et qui dispensent les soins – dans un système encore largement tributaire du papier, même à ce jour, et où il y a de la frustration au quotidien parce qu'il faut répéter sans cesse, disons, la liste des médicaments que prend une personne. Voilà le genre de choses qui constituent vraiment des contraintes dans un système où nous prenons des professionnels hautement qualifiés et des patients gravement malades, et nous leur disons en quelque sorte : 'Nous n'allons pas vous rendre la tâche facile pour que vous puissiez faire la bonne chose'. Donc, si nous pouvions réunir ces deux groupes – les innovateurs qui créent des solutions technologiques innovatrices et les cliniciens et les patients qui vivent l'expérience au quotidien, afin de résoudre certains des problèmes qui se posent, nous aurions fait un important progrès en vue de créer des occasions remarquables d'innover au Canada.

M. David Coulombe : Qu'est-ce que le Programme de partenariats pour l'innovation en cybersanté, plus précisément?

Dre Robyn Tamblyn : Il s'agit d'un programme développé en partenariat avec les bailleurs de fonds de la recherche au niveau provincial et le programme PARI du Conseil national de recherches , qui vise à appuyer le développement industriel, notamment dans le segment des petites et moyennes entreprises; nous avons conjugué nos efforts dans une sorte de groupe tripartite en vue de créer ce que nous pensions être des conditions gagnantes pour l'innovation future dans le domaine de la cybersanté au Canada. Nous l'avons appelé Programme de partenariats pour l'innovation en cybersanté parce que ce que nous visons vraiment est d'aborder la problématique de réunir des cliniciens et des patients avec de petites et moyennes entreprises qui sont vraiment innovatrices (nous ciblons le Canada et les entreprises canadiennes qui évoluent dans ce domaine et qui voudraient innover ou adapter leurs produits pour le secteur de la santé) avec des organisations partenaires – des organisations assurant la prestation de soins de santé et des partenaires tels que les cliniques communautaires, les centres de santé régionaux, les hôpitaux et les régies régionales de la santé (autant d'exemples de sites de prestation) – avec des chercheurs, pour dire : « pouvons-nous travailler ensemble afin d'adapter et de déployer des solutions qui pourraient effectivement régler certains des aspects irritants du parcours du patient, de manière à améliorer l'expérience des patients, les coûts et les résultats des soins ». Ce programme a constitué une occasion de financement mise en place avec tous ces acteurs, et nous nous sommes retrouvés à financer dix-huit centres de partenariat d'innovation en santé au Canada collaborant à mettre au point des solutions innovantes dans différents domaines.

M. David Coulombe : Pouvez-vous nous donner des exemples de certains projets faisant appel à de nouvelles technologies, et leur impact pour les patients dans la vie de tous les jours?

Dre Robyn Tamblyn : Oui. Même dans ce programme, je pense que nous avons entrevu le genre d'innovation qui est pertinente pour le Canada. À titre d'exemple, dans l'Ouest du pays, soit en Colombie-Britannique, nous avons un projet vraiment intéressant qui s'attaque à un problème complexe, celui des personnes qui sont souvent réadmises à l'hôpital pour insuffisance cardiaque parce que leur état se détériore et qu'elles ne sont pas en mesure de reconnaître ce problème à temps pour communiquer avec leur fournisseur de soins de santé et lui permettre d'intervenir dans un délai raisonnable. Ainsi, le groupe en question tente de relever ce défi en mettant en place différents dispositifs de surveillance à domicile qu'il a jumelés à des avancées dans ce que j'appellerais l'analyse prédictive, afin de pouvoir déceler effectivement une aggravation de l'insuffisance cardiaque chez une personne quelques jours avant que les symptômes n'apparaissent. Je considère cela comme le côté excitant du mariage de la technologie et du système de santé, où nous tentons de dire : « Comment pouvons-nous réduire les hospitalisations évitables pour insuffisance cardiaque, qui ne sont pas bonnes pour les patients, ni pour le système, en pouvant vraiment détecter et intervenir plus tôt afin de traiter ce qui est essentiellement une détérioration de l'état de santé. Nous avons donc ici un développement très prometteur pour les personnes âgées, alors que les personnes aux prises avec une maladie respiratoire obstructive ou une insuffisance cardiaque sont les premier et deuxième groupes les plus souvent ré-hospitalisés parce que nous ne réussissons pas à intervenir en temps opportun pour prévenir cette détérioration évitable de l'état de santé fragile de ces gens. C'est un projet que je considère très passionnant et je pourrais en citer quelques autres si vous le voulez.

M. David Coulombe : C'est très intéressant. C'est tout le temps que nous avons. Merci énormément de votre présence ici aujourd'hui, Dre Tamblyn.

Dre Robyn Tamblyn : OK. Merci beaucoup David.

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